Will Benedict, Dialogue of the Dogs

Une fois de plus, le Centre d’Art Contemporain de Genève est fidèle à sa vocation de nous faire découvrir l’univers d’artistes talentueux. Aujourd’hui Andrea Bellini, directeur de l’établissement, met en lumière toute l’extravagance, la créativité éclairée et décalée de Will Benedict , artiste américain qui a élu domicile à Paris. Il lui offre les deux étages d’exposition pour partager ses vidéos, peintures et installations. Le ton est donné par l’affiche et un titre ébouriffant, Dialogue of the Dogs.

En parcourant l’exposition, le visiteur va de surprise en surprise, mais ce sont ses vidéos détonnantes, immersives, magnifiques qui m’ont totalement séduite. Elles nous plongent dans l’univers singulier et fantasmagorique de Will Benedict qui nous happe par la beauté des images et de la musique, l’étrangeté des scènes, l’humour débridé qui l’habite. Son thème de prédilection? L’absurdité des choses de la vie. « Un domaine très riche et infini« , comme il se plait à le dire.

Will Benedict , Dialogue of the Dogs
Will Benedict , Dialogue of the Dogs, image de la vidéo Degrees of Disgust, CAC Genève,
Photo ©thegazeofaparisienne

Dialogue of the Dogs, Un hommage à Cervantes

Will Benedict (né en 1978) est passionné par la littérature, l’histoire de l’art mais aussi par la culture populaire, notamment la publicité, les magazines, et les talk shows. Son exposition s’inspire de l’œuvre de Miguel de Cervantes, qu’il considère comme un des écrivains les plus avant-gardistes de son temps. Dialogue of the Dogs fait référence à une nouvelle de l’auteur espagnol du 16ème siècle, Mariage trompeur, dans lequel un homme malade, pris d’hallucinations, rêve de dialogues entre deux chiens qui se questionnent sur l’humanité. Ils échangent sur ce qui se passe chez leur maitre respectif, se moquent de leur bêtise ou de leur brutalité et présentent ainsi une critique satirique des humains vue par leurs animaux domestiques.

Comme dans la nouvelle de Cervantes, l’oeuvre de Will Benedict donne la parole à des animaux mais aussi à des Aliens pour parler des enjeux de la société humaine. Certains d’entre eux sont des personnages récurrents hybrides animaux – humains, avec des oreilles à la place des yeux, des crêtes de coq sur la tête ou une trompe d’éléphant en guise de nez. On retrouve l’un d’eux interviewé dans le célèbre talk show de Charlie Rose, tandis qu’un autre, Achille apparait dans les différents épisodes de The Restaurant.

The Restaurant, serie video, 2017, Will Benedict & Steffen Jorgensen © Dis.art, Will Benedict & Steffen Jorgensen.
Viuel de The Restaurant, serie video, 2017, Will Benedict & Steffen Jorgensen
© Dis.art, Will Benedict & Steffen Jorgensen.

Les vidéos de Will Benedict, nous emportent dans une réalité alternative parodique, où des hommes nus tombent du ciel , un dauphin parle de la crise agroalimentaire, des candidats à une dégustation dans le plus grand restaurant du monde, subissent un interrogatoire menaçant digne des pires films policiers, une livreuse dominatrice Uber, sur fond musical de Pink Floyd, cause un accident mortel, une publicité pour Balanciaga prend la forme d’un journal télévisé glaçant etc…Mon grand coup de coeur va à l’œuvre qu’il a réalisée avec Chris Korda (militante anti-nataliste notoire). Elle présente des images de la protagoniste (C.Korda) flottant au milieu de produits non essentiels de consommation qui « tuent » notre planète. Le sujet grave est habillé d’une image à l’esthétique sublime et d’une musique hypnotique.

Extrait de l’installation vidéos « Apologize to the future » Will Benedict et Chris Korda au CAC Genève,
filmé in situ ©thegazeofaparisienne

Des peintures, photos et collages créés avec les nouvelles technologiques.

Le 3ème étage est consacrée aux œuvres picturales de Will Benedict. L’artiste est féru des nouvelles technologies. Il compose des créations à partir d’images trouvées sur internet ou créées avec des logiciels d’intelligence artificielle, assemblées, parfois modifiées et toujours surprenantes!

Vue de l'exposition: Wille Benedict devant son oeuvre Dumbo Dumbo, réalisée en peinture sur la base d'une image créée avec un logiciel d'IA sur la base d'un texte donné , en l'occurence DUMBO DUMBO. Photo ©thegazeofaparisienne.
Vue de l’exposition: Will Benedict devant son oeuvre Dumbo Dumbo, réalisée en peinture sur la base d’une image créée avec un logiciel d’IA à partir d’un texte donné (ici DUMBO DUMBO)
Photo ©thegazeofaparisienne.

Ces travaux complètent avec cohérence l’univers de ses vidéos . Il y est question de ce même monde dystopique, où l’absurdité et les incohérences sont des réalités quotidiennes que Will Benedict aborde avec un humour décalé ; l’aspect ludique, le double sens, le ton de la plaisanterie sont clairement sa marque de fabrique car, pour l’artiste, l’essentiel est dans le plaisir!

A voir absolument jusqu’au 18 Décembre au Centre d’Art Contemporain de Genève.

Évènement: « Xmas Auction Party » autour des oeuvres de Will Benedict le 15 Décembre de 18h à 23h.

Caroline d’Esneval

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