Laura Pannack lauréate du Prix Camera Clara 2023
Exposition à la BNF, site François Mitterrand.
Dans un monde numérisé, submergé d’images, scrollées à toute allure, ce prix fait l’éloge de la lenteur, à travers la photographie à la chambre, un retour à une technique qui demande beaucoup de patience et dont le résultat est loin d’être garanti. C’est le prix Camera Clara pour la photographie à la chambre, créé en 2012 à l’initiative de Joséphine de Bodinat-Moreno.

Au fil des années, le prix s’est inscrit dans le paysage artistique français et international, le jury est composé de personnalités talentueuses du monde de l’art : Audrey Bazin, directrice
artistique de la Fondation Louis Roederer, Héloïse Conesa, conservateur en photographie à la BnF, Marc Donnadieu, commissaire indépendant, Dominique de Font-Reaulx, conservateur au musée du Louvre, Julie Jones, conservateur au cabinet de la photographie du musée Beaubourg, Chantal Nedjib, conseil en image et en photographie, Guilllaume Piens, commissaire général d’Art Paris, Michel Poivert, historien de l’art et Fabien Simode, directeur des médiathèques de Maisons-Alfort. Ces derniers ont regardé de nombreux dossiers et après en avoir présélectionné dix, ont à l’unanimité été convaincus par l’oeuvre de l’artiste anglaise Laura Pannack, née en 1985, elle a été récompensée pour ce travail réalisé en Roumanie, où elle a passé cinq années, Youth without age and life without Death. Un travail sur la vie et la mort, des images prises dans le pays où traditions et paysages semblent figées par le temps.
Quelques questions à Guillaume Piens, commissaire général d’Art Paris, membre du jury
Florence Briat Soulié : Pourquoi la technique de la chambre semble-t-elle s’accorder si parfaitement avec les lieux choisis par Laura Pannack ?
Guillaume Piens : C’est une parfaite adéquation entre le sujet et la forme, la photographie à la chambre est une technique très singulière, il y a le temps de pose, la lenteur du processus, l’aspect de l’image dans l’appareil est inversé et cela demande tout un travail de composition d’une grande précision. Laura Pannack a traité un sujet très existentiel sur la vie et la mort exprimé dans ces lieux intemporels en Roumanie, où elle a passé cinq années. Le titre de cette série Youth without age and life without Death fait référence à un conte. Ce qui l’intéressait en Roumanie c’est son ancrage avec les mythes, sa culture folklorique, en regardant cette photographie de berger on a cette impression d’image d’Arcadie.
F.B.S : Cette région du Maramures est très spéciale et très inspirante pour les artistes, pourquoi ?
G. P : Lorsqu’on s’arrête dans cette région du Maramures, les traditions populaires, les croyances, sont très vives, l’architecture est en bois, on découvre des meules de foin à la Millet, l’agriculture n’étant pas toujours encore mécanisée. Je pense que tous ces éléments ont dû la fasciner, comme ils ont inspiré Brancusi. Cette architecture de bois est un répertoire de formes pour beaucoup d’artistes, c’est un lieu mythique car il a échappé à l’industrialisation. Une région que je connais bien car j’ai pu moi-même faire un road trip sur place et je comprends parfaitement cette fascination pour ce pays. Les artistes roumains connaissent bien cet endroit, des scènes hors du temps, ce pont en bois suspendu, des monastères magnifiques en bois, les maisons en bois avec leurs portails où on retrouve ces motifs de Brancusi, la colonne sans fin, c’est vraiment un lieu d’inspiration.

F.B.S : En dehors du travail à la chambre, les candidats ont-ils dans leurs consignes un thème ?
G.P. : Le sujet et la forme sont importants, effectivement la prise de vue à la chambre est un éloge à la lenteur et donne à la composition, comme une respiration et une pratique d’introspection. Laura Pannack est depuis cinq années en Roumanie, elle n’est pas allée sur place en coup de vent, c’est tout un travail dans la lenteur. Elle s’est véritablement inscrite dans ce paysage pour parler de l’existence, il y a ce côté existentiel qu’elle traite très bien et en parfaite adéquation avec le sujet de la photographie à la chambre. Et nous avons été subjugués par cette poésie qui en ressort.
F.B.S : Aviez vous repéré Laura Pannack dans votre sélection ?
G.P. : Oui bien sûr, c’était un de mes coups de coeur,
F.B.S : Avez-vous des exigences particulières demandées aux artistes ?
G.P. : La seule contrainte de notre prix c’est que ce soit un travail fait à la chambre. cela peut prendre différentes formes, certains se dirigent vers l’abstraction, d’autres dans le côté très documentaire du paysage, de nombreuses esthétiques sont tout à fait possibles.
F.B.S : S’agit-il de jeunes photographes, y-a t-il une limite d’âge ?
G.P. : Non aucune limite d’âge, le travail des photographes distingués au cours des différentes éditions a pris de l’ampleur, Delphine Balley qui a eu à la suite de son prix une exposition au macLYON, Baptiste Rabichon déjà montré par BMW avait présenté une série sur le confinement très juste, Vasantha Yogananthan était l’auteur de l’affiche de Paris Photo de cette année, tous ces projets des lauréats montrent que ce prix a une croissance organique, il est doté de 6000 euros et de la production de l’exposition à la BNF et lorsque nous regardons ce parcours des dix années, nous ne nous sommes pas beaucoup trompés.
Le prix de la Photo Camera Clara est soutenu par la fondation Gresigny fondation familiale sous l’égide de la Fondation de France.
Les tirages ont été réalisés par Dupon.

Prix Camera Clara
Exposition de Laura Pannack à la BNF
Jusqu’au 10 mars 2024
Site François Mitterrand, allée Jean Cain.
Photo : Livre anniversaire des dix ans du prix Camera Clara. Editions Palais Books.




Un commentaire
christinenovalarue
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