3 expos photo mythiques. #2 Cindy Sherman et Sabine Weiss
Photo Elysée : Man Ray, Sabine Weiss et Cindy Sherman
Chapitre 2: Cindy Sherman
Après le génie du surréaliste Man Ray (cf article the Gaze), je me plonge dans les morphismes identitaires de la fascinante Cindy Sherman (née 1954). Des visages déformés, grimaçants, caricatures outrageuses et terrifiantes, en somme une galerie de portraits aux allures de monstres, m’accueillent. Il y a une folie terriblement drôle dans ce travail où la laideur artificielle des visages attire autant qu’elle repousse. Cindy Sherman se grime, joue avec des montages, étirements et collages numériques des parties de son visage, qui se surimposent. Je vous laisse juger vous-même de ces créations audacieuses grand format, à l’humour grinçant.
Chapitre 3: Hommage à Sabine Weiss (1924-2021)

Sabine Weiss chez Vogue, Paris 1956.

Sabine Weiss, Autoportrait,Paris 1953
légende: Gauche: Sabine Weiss chez Vogue Paris 1956 / Collection Photo Elysée @Sabine Weiss/ Photo Elysée Lausanne/ légende: Droite Sabine Weiss, Autoportrait,Paris 1953 / Collection Photo Elysée @Sabine Weiss/ Photo Elysée Lausanne
C’est une « exposition-hommage », dédiée à cette grande dame de la photographie, que présente Photo Elysée. Pour l’évènement, l’institution Suisse – qui a reçu la totalité du fond photographique de l’artiste en 2017- montre une sélection d’images iconiques de Weiss et a invité la plasticienne Nathalie Boutté (née 1967) à dialoguer avec son oeuvre.
Moi-même, j’ai eu la chance de rencontrer Sabine Weiss en 2019, lors du Dîner des Collectionneurs du Musée de l’Elysée, et j’ai tout de suite été frappée par la bienveillance et la gaité de cette « jeune » femme ….de plus de 97 ans ! Vibrait toujours en elle une grande curiosité de la vie et des autres.
L’humain au cœur de ses images
Sabine Weiss est une figure emblématique de la photographie humaniste, courant artistique né en France dans les années 30, qui connait son apogée à la fin de la seconde guerre mondiale et cherche à capturer des scènes de la vie quotidienne (scènes de rue, instants pris sur le vif etc..). Comme Brassaï ou Doisneau, la photographe arpente les rues de Paris, le plus souvent la nuit, et photographie en noir et blanc, l’insolite, les jeux d’enfants, les expressions singulières, les jeux d’ombres & lumières, les individus qu’elle croise.
« L’amour des gens, c’est beau. C’est grave, il y a une profondeur terrible. Il faut dépasser l’anecdote, dégager le calice, le recueillement. » Sabine Weiss
Une vie romanesque
La vie de Sabine Weiss est un roman en soi. Née en Suisse en 1924, elle prend ses premiers clichés à l’âge de 11 ans à peine. Weiss se définit plus visuelle qu’intellectuelle, « J’ai quitté le lycée, je suis partie un jour d’été à bicyclette ». Encouragée par son père à suivre son chemin artistique, elle rejoint le studio de Frédéric Boissonnas à Genève, qui la forme aux techniques photographiques, avant de s’envoler pour Paris en 1946 et y poser définitivement ses bagages.
Devenue l’assistante du photographe de mode Willy Maywald pendant 4 ans, elle côtoie le Tout-Paris, rencontre dans son studio nombre d’artistes et d’écrivains, assiste, aux premières loges, à la création de la Maison Dior et à son premier défilé ! Son ami Robert Doisneau séduit par son travail, la présente à l’agence Rapho qui lui passe de nombreuses commandes. Touche-à-tout, à côté de son travail artistique personnel, elle pratique ainsi plusieurs disciplines, notamment la photographie de mode, la publicité et le le reportage pour les plus grands magazines de l’époque. « Ce que je ne comprends pas c’est comment je pouvais faire autant de choses dans la même période. Ça c’est incroyable ! Et des choses complètement différentes ! C’était une très belle vie. » commentera-t-elle.

Côté vie privée, Sabine Weiss rencontre, en 1949, le peintre américain Hugh Weiss qui devient son mari . Dès le début, leur relation est fusionnelle, admiratif du travail de sa femme, le peintre l’assiste souvent dans son travail photographique.
Regard de la plasticienne sur l’oeuvre de la photographe

Nathalie Boutté revisite des photographies iconiques en créant des œuvres en papier. Elle découpe et assemble, avec une grand précision, des centaines de bandes de papier portant des textes liés à l’image originale, ici des citations de Sabine Weiss. Ces bandes forment des compositions nuancées dont la texture me fait penser à des tapisseries. De près, les textes se distinguent, mais c’est en s’éloignant que l’image entière se dévoile pleinement. J’adore ce dialogue en miroir de la photographie et de la création en papier de la plasticienne.
Une très belle exposition qui permet de découvrir toute l’étendue de l’œuvre de cette photographe si touchante, qui regardait la vie avec un optimisme irrésistiblement poétique.
À voir jusqu’au 12 Janvier 2025
SABINE WEISS x NATHALIE BOUTTÉ
PHOTO ELYSÉE, Plateforme 10, Lausanne










