Le chic ! au Mobilier National

Arts décoratifs et mobiliers français de 1930 à 1960

Le chic au Mobilier National, toute une histoire française du savoir-faire, de l’excellence des arts décoratifs.

Le Mobilier National – Scénographie de Vincent Darré

Le Chic ! mis en scène par Vincent Darré

Cette exposition est magnifique, mise en scène par Vincent Darré, elle nous emmène dans d’autres temps, des années 30 à 60, la splendeur de la création française, l’ingéniosité de tous ces meubles créés pour les ambassades, ministères, l’Elysée, tous ces joyaux de la République.

André Arbus (bois) et Vadim Androusov (bronze), Commode à vantaux dite « à la Méduse », parchemin, bronze doré, 1936, Paris, Mobilier national, GME 13613

Les métiers d’art hier et aujourd’hui

Une exposition qui montre aussi le talent de ces artisans d’art contemporains qui ont contribué à restaurer toutes ces oeuvres et à leur redonner leur lustre. De petits films explicatifs ponctuent cette exposition et montrent les interventions souvent très délicates de ces experts.

Devant les tapisseries de Charles Martin Manufacture de Beauvais Étienne-Henri Martin (décorateur), Soubrier (éditeur), Siège du fumoir du pavillon de l’Architecture privée à l’Exposition de 1937.

Arbus, Mallet Stevens, Perriand, Follot…

Début des années 30, les grands noms du design font leur apparition comme Arbus, Pascaud, Poillerat, Follot ce sont les années de l’UAM (union des artistes modernes) conduite par Francis Jourdain, Mallet Stevens, Perriand, Le Corbusier, Prouvé… ils inventent un nouveau vocabulaire de formes. C’est aussi l’époque du béton et des frères architectes les Perret dont le célèbre Auguste qui s’entoure de Follot, Sue Mare… petite parenthèse, si vous ne le connaissez pas, vous avez l’hôtel particulier de Paul Follot entièrement décoré par lui qui est un bijou et qui abrite aujourd’hui l’Institut Giacometti.

Paul Follot, Guéridon, 1937, acajou de Cuba, verre et métal blanc chromé, Paris, Mobilier national, GME 8944

Dès l’entrée, dans cet univers luxueux créé spécialement pour l’occasion, un vase éclairant de Jacques-Emile Ruhlmann (1879-1933)  nous accroche, figure emblématique de l’Art Déco, on pense à son mobilier en Macassar, ou plus précisément son mobilier de la Porte Dorée du ministère des Colonies.

VASE LUMINEUX RUHLMANNN°2 Jacques-Émile Ruhlmann (modèle), Jean Beaumont (décor) Manufacture de Sèvres Porcelaine, 1930 GML 9576

Dans ces années là, Guillaume Janneau, administrateur du Mobilier National de 1926 à 1944 est le maître des cérémonies et fait rentrer de nouvelles pièces Art Déco dans les collections de l’institution.

Le luxe des matériaux

Les matériaux utilisés sont très souvent précieux, loupe d’amboine et boutons en ivoire pour ce bureau rognon de Georges de Bardyère, un peu plus loin c’est le parchemin qui est utilisé par André Arbus pour une commode dite « à la méduse » ainsi qu’une table faisant partie de l’ameublement du ministère de l’agriculture et commandé en 1936 par le ministre de l’époque Georges Monnet, un ministre très moderne qui fait appel à des personnalités d’avant-garde comme Charlotte Perriand.

Détail des boutons BUREAU ROGNON Georges de Bardyère Loupe d’amboine, ivoire 1933 GME 7238

La Fée électricité

1937, année mythique de la grande exposition Universelle, appelée Exposition internationale des arts et des techniques appliqués à la vie moderne, cela veut tout dire de cette effervescence qui réunit 44 nations et se tient à Paris de mai à novembre avec des millions de visiteurs. La lumière est l’invitée d’honneur dans le pavillon de l’électricité et de la lumière imaginé par Robert Mallet-Stevens et situé au Trocadéro, les créateurs se sont donnés à coeur joie, ils innovent. Raoul Dufy peint sa grande fresque La fée électricité pour le lieu, elle est aujourd’hui au Musée d’Art Moderne de Paris.

Jeanne Dinet-Rollince et Paule Devêche-Bouvret, Suspension dite «à reflets », 1933, laiton doré, Paris, Mobilier national, GML 4505/1 et 2

Art et science

R. Hénon, Vase lumineux, 1937, grès, Paris, Mobilier national, GML 5480/3

J’adore la modernité et la simplicité de ces deux vases en grès lumineux par René Hénon acquis en 1937, la lumière, source d’innovation à l’infini, un luxe inouï, l’association du verre et du métal, des propositions des créateurs comme Jean Perzel, ou encore celles de Marius Sabino dont le célèbre couturier Azzedine Alaïa possédait un très beau mobilier de salle manger composé de consoles en verre lumineuses…dans l’exposition est présentée également une table lumineuse de Marcel Bergue. L’exposition Universelle de 1937 a conduit à de nombreuses commandes du Mobilier National, tous ces objets ont très peu servi si ce n’est pas du tout ! oubliés, cette exposition permet à nouveau une « mise en lumière »!

Manufacture française de tapis et couvertures, d’après Maurice Dufrène, Tapis, destiné à l’entrée du palais de l’Elysée, 1926-1927, laine, Paris, Mobilier national, GMT 34700

Tapis et tapisseries

Les tissus ont une place très importante, Raoul Dufy dessine de nombreux motifs pour Paul Poiret et les soiries lyonnaises Bianchini Férier. On adore les tapis et les tapisseries comme cette tenture début des années 30 de Charles Martin au décor champêtre, l’amoureux en marinière et sa belle, le bal. du 14 juillet, les couleurs pastel, tout est charmant.

Détail de la tapisserie de Charles Martin

C’est aussi la redécouverte de Maurice Dufrène (1876-1955) à qui l’état fera de nombreuses commandes dont ce tapis galerie pour l’Elysée, il travaillera beaucoup avec la Manufacture de Beauvais.

Le fer forgé

Détail d’une chaise longue André Arbus

C’est une joie de déambuler dans les allées et de regarder le dessin d’une ligne courbe en fer forgé si délicat d’un siège de René Prou, une chaise longue d’André Arbus en métal laqué crème agrémenté d’un ravissant pompon.

Années d’après-guerre, changement de décor, moins de luxe, sobriété et recherche d’un confort plus intimiste, il faut relancer la création, motiver des designers. Les chaises Messidor en fer forgé de Gilbert Poillerat qui maîtrise avec brio l’art de la ferronnerie sont ravissantes avec leurs tapisseries de de la Manufacture de Beauvais tissées par Jacques Fillacier à fond rouge, elles sont illustrées de scènes très républicaines montrant les travaux des champs, récolte de blé…, elles avaient été commandées pour le Pavillon de chasse de Marly.

Jacques Fillacier (décorateur), Gilbert Poillerat (mobilier), manufacture de Beauvais (tapisserie), Chaise, Messidor, 1949, fer forgé, laine et soie, Paris, Mobilier national, GMT 16421/3

Une ballade légère de 30 ans réunie dans ce très beau bâtiment du Mobilier National, des oeuvres sorties de leur si célèbre garde-meuble (construit par Perret) et présentées dans cet écrin sublime, si chic ! il reste encore quelques jours pour voir et prendre conscience de la créativité et des connaissances et savoir-faire de tous ces métiers d’art, des valeurs qui continuent à se transmettre de nos jours et rendent possible une exposition pareille.

Le chic ! Arts décoratifs et mobilier de 1930 à 1960

Jusqu’au 19 février

42 avenue des Gobelins, 75013 Paris
Tel : 01 44 08 53 49

Commissaire général : Hervé Lemoine,
conservateur général du patrimoine, Président du Mobilier national

Commissaires : Emmanuelle Federspiel,
conservatrice du patrimoine, inspectrice des collections – Mobilier national et Gérald Remy,
conservatreur du patrimoine,
inspecteur des collections – Mobilier national

Commissaire associé : Jérémie Tortil,
chargé de mission scientifique – Mobilier national

Scénographie : Maison Vincent Darré

CATALOGUE

Le chic ! Arts décoratifs et mobilier français de 1930 à 1960

catalogue édité par Snoeck et rédigé sous la direction d’Hervé Lemoine, Président du Mobilier national, avec la collaboration d’Emmanuelle Federspiel, Gérald Remy et Jérémie Tortil.

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