Udaipur, la Venise de l’Inde
The Gaze of NATHALIE GUIOT
Voyage au Rajasthan part II
Part I : Jaipur, les premiers jours

Udaïpur. Réveil matinal au son de la flûte indienne, hommage à Krishna, dieu de l’amour. La route pour Udaipur, à 300 kilomètres au Sud de Pus, est assurée par Atik notre chauffeur qui sait où s’arrêter pour déjeuner d’un bon thali (plat populaire composé de curry de légumes, lentilles et yaourt salé ). Karine, mon amie artiste passionnée de miniatures indiennes m’a rejointe pour cette seconde partie du voyage. Aux portes de la ville, Shiva nous accueille – un dieu souvent associé à la destruction et à la transformation du monde dans le cycle cosmique de l’hindouisme. Monumentale, la statue se révèle peu à peu dans la brume et nous fait face avec une certaine autorité.


Udaipur, Venise de l’Inde.
Fondée en 16ème siècle, Udaipur est surnommée la « Venise de l’Inde » pour ses nombreux lacs. Le City Palace, palais construit par la famille royale, a été agrandi sur plus de 400 ans ; il témoigne de la puissance des souverains rajputs. Face aux coûts d’entretien considérables, plusieurs palais ont été transformés aujourd’hui en hôtels. Le plus célèbre, le Lake Palace, est connu pour avoir accueilli le tournage d’un James Bond (Octopussy, 1983).


Moment suspendu sur le lac Pichola : les palais blancs, les palmiers et les montagnes baignées de brume nous plonge dans une plénitude presque irréelle.
Célébration au Jagdish Temple, dédié à Vishnu. Un groupe de femmes portant le sari traditionnel, chante des mantras, tandis que les hommes jouent des tablas.

D’autres nous tendent des offrandes : couronnes d’œillets jaunes ou rose, fleur de lotus, symboles de pureté. Dans la tradition hindoue, Vishnou est le protecteur de l’univers avec Brahma et Shiva. Il est souvent représenté avec la peau bleue, tenant une conque, un disque, une massue et un lotus. Après trois jours d’exploration et de feux d’artifice sur le lac, nous quittons Udaipur comblées par ces moments de grâce, animés de chants et de rencontres singulières .
Jodhpur

Direction le nord vers Jodhpur, où se concentre à la fois les grandes industries du textile et des milliers d’artisans. « Avant de commencer la journée, je donne de l’herbe aux vaches, car elle est la mère de tous les dieux », me confie Mehendra, notre guide pour quelques jours ; Nous partons rendre visite à une famille de tisserands dans la campagne à une trentaine de kilomètres de la ville ; celle-ci produit des duris depuis quatre générations, des tapis tissés à la main avec du fil de coton provenant du Gujarat. Il n’existe plus qu’une quarantaine de familles à réaliser ces tapis auxquels s’ajoutent des fils de noix de coco et de la laine de chameau ; les couleurs viennent des fleurs locales et les tapis sont vendus à l’international.

Jodhpur est comme toutes les villes indiennes, assourdissantes, chaotiques faite de poussière et de turbulences, de dizaines de métiers ambulants, vendeurs de bangles (bracelets en verre), de saris colorés, ferronniers, vanniers ou tisserands, la citadelle grouille de ces hommes et ces femmes qui s’activent chaque jour pour nourrir leur foyer.
Atelier de tie and die avec un artiste local, j’apprends la technique des nœuds sur la soie puis les bains de couleur et l’indigo pour obtenir un joli dégradé, seulement, mes doigts sont tout bleus et Mehendra me donne quelques conseils non sans humour pour enlever cette couleur tenace : trois solutions me dit-il, soit tu les coupes, soit tu les trempes dans l’eau bouillante, soit tu les lèches, et d’éclater de rire.

Fort de Mehrangarh
Plus tard dans l’après-midi, visite du fort de Mehrangarh, citadelle du 16ème siècle perchée sur la montagne, construite en pierre rose composée d’une succession de palais pour les maharajas, leurs femmes et concubines, dotés d’intérieurs d’un raffinement extrême, verres anciens, bas-reliefs sculptés, plafond couvert de miroirs scintillant de mille feux. Des collections exceptionnelles sont ouvertes au public comme ces palanquins pour transporter la famille royale, ces parures pour les éléphants ou encore cette collection de berceaux pour les enfants du royaume. Les femmes accouchaient dans leur appartement ; On raconte que chaque soir, les concubines jouaient aux dames et celle qui gagnait était celle qui allait passer la nuit avec le prince.

Retour à Jaipur avant de reprendre l’avion pour Dehli puis Paris. Le voyage s’achève. Je passe la nuit au Narain Niwas, palace des années 30, autrefois résidence de la famille royale Kanota. Aujourd’hui, l’édifice mériterait quelques travaux mais conserve ce charme désuet et nonchalant. Cette soirée-là, la température a chuté et le poêle à bois ne fonctionne plus dans ma chambre. Cela ne gâche en rien ma joie d’être à Jaipur, la ville rose où j’y ai désormais mes habitudes dont celle d’écrire tôt le matin dans le jardin d’acacias et de champa vert, interrompue de temps à autre par un gros chat roux, intéressé par une coupelle de lait. J’ai tant d’images en tête et me sens chanceuse d’avoir pu m’échapper de l’Europe quelques semaines ; j’espère conserver un peu de cette âme indienne et cette connexion au sacré. Alors que Trump détruit l’ordre mondial, je pense aux générations futures et ce qu’il adviendra des voyages…et médite sur l’Atman, l’âme divine et cet extrait de la Bhaghavad Gita.
« Tu arrives sur terre les mains vides et tu repars les mains vides, n’attends donc rien du fruit de tes actions »

Sur la route, je fais une dernière bénédiction au temple de Ganesh et bois un délicieux masala chai. Le cœur un peu serré, j’ai l’espoir de revenir vite dans ce pays vibrant, où l’on ressent au plus profond de soi ce que vaut vraiment la vie.
Partenariat entre la Fondation Thalie et la villa Swagatam en Inde
La fondation Thalie créée par Nathalie Guiot en 2014, lance un partenariat avec la villa Swagatam en Inde et invite à Arles un artiste engagé pour l’écologie, qui intègre les savoir-faire dans sa pratique en lien avec le territoire arlésien et de ses ressources naturelles, pour une durée d’un mois dans une maison située au pied des arènes.





Un commentaire
Eva Lévy
Merci du voyage, des superbes présentation, photos et écriture. On est comme en lévitation en Inde où j’aimerais tant aller et en même temps ai une certaine appréhension.