Festival du dessin à Arles, 4e édition in & off.

Fondé en 2023 par Vera Michalski, présidente du festival et Frédéric Pajak le directeur artistique, le Festival du dessin est devenu un événement de la célèbre cité romaine. Sur le même principe que les Rencontres de la photographie, c’est au tour du dessin d’investir la ville et de recouvrir les murs de tous ses monuments historiques, palais, églises, musées … Cette année, l’accent est mis sur une note « Viva l’Italia ! » et donne au visiteur un regard sur le dessin italien ancien et moderne.

Nous pouvons ainsi admirer l’exposition « Viva l’Italia ! » dans La Chapelle du Museon Arlaten, la série des Prisons imaginaires de Piranèse (1720-1778), fascinantes architectures carcérales souterraines, prêtées par le Musée Jenisch Vevey qui possède entre-autres une collection très impressionnante d’oeuvres gravées.

Toujours au Muséon Arlaten, la Collezione Ramo, basée à Milan présente ses chefs-d’œuvre des XXe et XXIe siècles : Carol Rama (1918-2015) (cf article précédent), Giorgio De Chirico (1888-1978) et pour finir entre ces mêmes murs les oeuvres de Pasolini (1922-1975) et de Fellini (1920-1993).

La suite se trouve salle Henri Comte avec un autre italien, Lorenzo Mattotti, dessinateur de bandes dessinées, graveur, on avait pu voir une exposition de ses œuvres à la fondation Hélène et Édouard Leclerc.


Il existe aussi un festival off avec de belles propositions. A Arles toujours très enthousiasmant de se promener dans les rues, s’arrêter et profiter des vernissages du week-end, galerie Régala, j’y retrouve John Fou et ses champignons ainsi que la jeune artiste Vicky Fischer. Galerie Anne Clergue, « Une amitié artistique » entre les dessins de Jean Leyris et les aquarelles de l’artiste japonaise Stesuko Klossowska de Rola.

Et voici un tout nouveau lieu la galerie MU initié par l’artiste Elodie Dornand de Rouville qui a illustré 54 mantras, édités dans un coffret comme un jeu de cartes, soyez Zen !

Direction place de l’Hôtel de Ville, je poursuis ma visite église Sainte Anne par la collection de dessins du cinéaste et producteur Marin Karmitz, grand collectionneur, on a pu voir en 2023 au Centre Pompidou l’exposition « Corps à corps, Histoire(s) de la photographie », cette fois-ci on découvre ses dessins, des signatures impressionnantes, Otto-Dix, les cliché-verre de Camille Corot, Géricault, Rodin, Ingres, Giacometti un beau portrait surréaliste de Man Ray …

Passage obligé chez Actes Sud, où j’assiste à un « talk » avec Nathalie Guiot sur son livre La fondation Thalie une décennie de création, éditions Skira. Juste à côté, Chapelle du Méjan, place à la jeune garde avec la réunion de trois écoles : l’Ecole des Arts décoratifs – PSL (Paris); L’Accademia di Belle Arti di Firenze (Florence); L’Athens School Of Fine Arts (Athènes).

À l’étage : je tente d’apprivoiser la ménagerie de Gilles Aillaud (1928-2005), je suis également séduite par Le manteau de Tatlin, hommage de Jean-Michel Alberola (né en 1953) au peintre ukrainien constructiviste.

Sur le chemin, belle découverte Chapelle des Trinitaires de l’exposition off de Mona Laure Millet, « Respirer le monde », cela tombe à pic, l’artiste bretonne offre cette bouffée d’air frais sur ses grandes feuilles blanches qui mêlent architectures dessinées comme ce bâtiment de Douarnenez sur les côtes bretonnes et verdure.


Nouvelle étape, musée Réattu et je ne suis pas déçue par les grimaces des personnages représentés par ce mystérieux Nicolas Lagneau qui a sévi au XVIe ou XVIIe siècle, peut-être en saurons nous un peu plus sur le personnage, un de ces jours …

Dans cette même salle se trouvent également les dessins de Jean-Jacques Lequeu (1857-1826), artiste tombé dans l’oubli puis redécouvert comme ce «Jeune homme faisant la moue», il invente des projets architecturaux dans des lieux imaginaires qui ne verront jamais le jour, ces dessins sont d’une grande précision.

Mais ce n’est pas fini au dernier étage, surprise de découvrir la « Danse macabre » de Théophile Alexandre Steinlen (1859-1923).


En quittant le musée, un dernier regard sur les collections permanentes, deux petites toiles par le peintre arlésien Antoine Raspal (1738-1811) représentant des scènes d’intérieur, le Griffu de Germaine Richier (1902-1959). Je retrouve cette dernière à la Fondation Lee Ufan qui présente une série de dessins de l’artiste, chauve-souris, mantes… ainsi qu’une série d’eaux-fortes pour illustrer « Une saison en Enfer -Les déserts de l’amour – Les Illuminations », 1951 d’Arthur Rimbaud

Espace Croisière, ce sont les dessins des trois artistes Miroslav Sekulić Struja, Miles Hyman et Gabbriella Giandelli pour la collection des Travel Book de Louis Vuitton qui propose régulièrement aux artistes d’illustrer un voyage, les oeuvres sont ensuite réunies dans un livre.

Sur le même site je découvre les délicates aquarelles de Rosa Maria Unda Souki qui nous invitent à la rêverie.

Une dernière exposition mais pas la moindre, Fondation Manuel Rivera-Ortiz, celle de l’artiste autodidacte Celja Stojka (1933-2013), montrée par Antoine de Galbert à la Maison Rouge, il y a quelques années. Rescapée des camps de concentration, l’artiste, poétesse, d’origine Rom, ne ressent que 40 années plus tard le besoin d’en parler. Elle n’avait qu’une dizaine d’années et a vécu l’indescriptible, ses dessins, ses poèmes témoignent, parfois du noir, parfois de la couleur un champ de coquelicots rouge flamboyant tente de nous faire oublier une scène d’horreur, les mots sont justes, précis. Cette exposition est bouleversante contre l’oubli et le déni.


Dernière info, Arles reçoit en ce moment une visiteuse star du Musée du Louvre, la Vénus d’Arles sculptée au 1er siècle avant J.C. , elle-même copie de la sculpture du célèbre Praxitèle au IVe siècle avant notre ère, elle est arrivée en grande pompe, il y a quelques jours pour une nouvelle exposition du musée départemental Arles antique « Le passage de Vénus » jusqu’au 31 octobre 2026.

Vu in-extremis à la Fondation Van Gogh, une exposition inspirée de la correspondance de Vincent Van Gogh « à Vincent : un conte d’hiver » avec la découverte d’un artiste autodidacte sourd, illettré : James Castle (1899-1977)

« Et voilà, si nous croyons à l’art nouveau, aux artistes de l’avenir, notre pressentiment ne nous trompe pas. «
– Vincent Van Gogh, lettre à Théo Van Gogh, vers le 20 mai à Arles.




