Cézanne, Renoir, Szafran, Tintin à la Fondation Pierre Gianadda

Escapade à Martigny, Suisse.

Parc de sculptures, fondation Pierre Gianadda. Constantin Brancusi (1876-1957). Grand Coq IV. Alexander Calder (1898-1976) Stabile-Mobile – Brasilia

CEZANNE – RENOIR : REGARDS CROISES

16 novembre, 2022, un dîner parisien réunit Christophe Leribault alors président des musées d’Orsay et de l’Orangerie, Daniel Marchesseau et Léonard Gianadda, l’idée d’une exposition Cézanne-Renoir est lancée, elle aura lieu à la Fondation Gianadda à Martigny en partenariat avec les musées d’Orsay et de l’Orangerie. 

Lors de l’inauguration, ce fut très émouvant d’écouter François Gianadda, fils de Léonard, disparu en 2023, insister sur la volonté de son père de régler jusqu’au moindre détail l’accrochage de cette exposition qu’il avait voulue. 

« Tout dans la nature se modèle sur la sphère, le cône et le cylindre, il faut apprendre à peindre sur ces figures simples, on pourra ensuite faire tout ce qu’on voudra ».

Cézanne 

«Un tableau doit être une chose aimable, joyeuse et jolie… il y a assez de choses embêtantes dans la vie pour que nous n’en fabriquions pas encore d’autres».

Renoir

Cézanne et Renoir, me direz-vous, pourquoi le déplacement alors que nous pourrions les voir à Paris ? Quitter l’agitation parisienne, descendre du train à Martigny après avoir longé les bords du lac et se retrouver au milieu des montagnes à la Fondation Pierre Gianadda qui possède un des plus beaux parcs de sculptures est un enchantement. Redécouvrir Cézanne et Renoir dans cet écrin, poser notre regard sur cette amitié d’une vie entre deux hommes, tous les deux ont peint côte à côte, se sont intéressés aux mêmes sujets – paysage – natures mortes – nus – portraits de famille- Une relation à laquelle on ne pense pas forcément quand on voit leurs oeuvres parmi les autres chefs-d’oeuvre impressionnistes. Pour toutes ces raisons, le voyage Suisse vaut le détour !

A gauche : Paul Cézanne. Portrait du fils de l’artiste. Vers 1880. Huile sur toile. 35 x 38 cm
Paris, musée de l’Orangerie, inv. RF 1963 59
A droite : Pierre-Auguste Renoir. Claude Renoir, jouant. Vers 1905. Huile sur toile. 46 x 55 cm. Paris, musée de l’Orangerie, inv. RF 1963 22

Les peintures de Renoir ou de Cezanne exercent toutes les deux une fascination sur celui qui les regarde, toutes les deux très différentes les couleurs lumineuses, chaudes , toute en rondeur de Renoir, plus froides et géométrique chez Cézanne. Les deux peintres, tous les deux des  stars du mouvement impressionniste sont présents dans la première exposition de 1874 chez Nadar boulevard des Capucines, qui fit scandale. On a pu voir jusqu’à ces derniers jours la retranscription de cette exposition mythique à Orsay. 

Paul Cézanne. Pommes et biscuits. Vers 1880. Huile sur toile. 45 x 55 cm. Paris, musée de l’Orangerie, inv. RF 1960 11

L’association des musées d’Orsay et de l’Orangerie et de la collection de la fondation montre un panorama des oeuvres des deux artistes des débuts jusqu’à la fin en montrant, les paysages, les natures mortes, les nus et la famille, une exposition qui se termine par l’évocation de leur postérité moderne.

Pierre-Auguste Renoir. Jeune Fille en buste vue de Profil. 1905. Huile sur toile. 23 x 17 cm. Fondation Pierre Gianadda, Martigny

Tous les deux, de la même génération avec une carrière très longue, sont des personnalités très fortes, et ont participé à l’aventure de la première exposition impressionniste à Paris. Cezanne y avait présenté La maison du pendu à Auvers sur Oise (musée d’Orsay) et Renoir, La Loge (Londres, Courtauld Gallery). Très vite, cependant, ils prennent tous les deux leurs distances avec le mouvement impressionniste et reviennent au dessin. Tous les deux iront jusqu’au bout de la peinture, des jours et des jours à peindre à l’extérieur, parfois désespérément. Je me souviens de ce film où Renoir souffrant de polyarthrite, ne lâche pas le pinceau. La quête du corps humain, leurs proches Mme Cezanne,  Claude Renoir, tous ces portraits de famille font partie de leurs chefs-d’œuvre. À leur manière dans leur langage pictural, chacun s’exprime. Tous les deux ont eu des marchands communs, c’est Renoir qui propose à Vollard de s’intéresser à Cézanne, il ne le regrettera pas.  

Paul Guillaume

Cézanne et Renoir ont été collectionnés par le jeune marchand et collectionneur Paul Guillaume, jeune homme parti de rien, il se rend vite compte de l’importance des impressionnistes, Renoir et Cezanne ont déjà une côte importante et sont au dessus de ses capacités financières. Il se tourne vers de jeunes artistes moins connus mais son œil visionnaire lui fait s’intéresser à Modigliani, Soutine et Chirico. Le succès arrivant il peut s’offrir alors les meilleures œuvres de Cézanne et de Renoir et en proposer à son riche client et mécène, le docteur Barnes à Philadelphie.  

Vue de l’exposition : Au premier plan : Pierre-Auguste Renoir et Richard Guino. L’Eau ou Grande laveuse accroupie. Bronze. Patine noire, fondu par la Fonderie Susse, à Paris, sous la direction de Jean Renoir,
fils de l’artiste en 1960, d’après un plâtre de 1917. 127 x 124,5 x 57,7 cm. Exemplaire signé Renoir et By Renoir 1960 et lettré E. Cachet du fondeur Susse Fondeur Paris. Au centre : Pablo Picasso. Grande nature morte, 1917. Huile sur toile. 87 x 116 cm. Paris, musée de l’Orangerie, inv. RF 1963 80. Au fond à droite . Paul Cézanne. Pommes et biscuits. Vers 1880. Huile sur toile. 45 x 55 cm. Paris, musée de l’Orangerie, inv. RF 1960 11

Les corps

Chez Cezanne, il y a toujours eu cette distance avec le sujet, l’affirmation des structures géométriques, les corps sont cernés et très charpentés. Chez Renoir, l’évocation des formes est très douce, les couleurs sont chaudes, les premiers nus sont encore marquée par la touche impressionniste, dans ces portraits de jeunes filles, il essaie de concilier la couleur et le dessin. Les jeunes filles au piano, portrait des deux soeurs Lerolle, est un de ses chefs-d’œuvre, il s’agit d’une commande pour laquelle l’artiste va travailler plusieurs versions. Vers la fin de sa vie, sa palette change et devient plus fauve.

Chacun à leur manière, essaie de retrouver l’essence et la structure des choses. 

Les deux artistes sont du Sud et aiment le soleil méditerranéen, c’est très rare de voir des représentations de paysages l’hiver comme ce Paysage de neige, vers 1875 de Renoir et Arbres et maisons vers 1885 de Cézanne.

Quand je regarde les interprétations des paysages et l’amour porté à la nature par Cézanne et Renoir, je ne peux m’empêcher de penser aux enjeux écologiques et au message implicite que ces deux génies nous laissent en héritage.

L’aventure de La barque et les baigneurs de Cézanne,

Paul Cézanne. La barque et les baigneurs, vers 1890. Huile sur toile (3 panneaux). Paris, musée de l’Orangerie. (ancienne collection de Victor Chocquet)

Ce style d’exposition permet aussi de porter son attention à des oeuvres qui passent souvent aux oubliettes et j’ai pu ainsi découvrir La barque et les baigneurs de Cézanne, le destin de cette peinture est amusant car il s’agit d’une commande de Victor Chocquet grand collectionneur et défenseur de la première heure des impressionnistes, lors de leurs désastreuses expositions, il essayait souvent en vain de partager sa passion aux visiteurs insensibles. Cette peinture était le pendant d’une autre et devait décorer un dessus de porte, Cézanne ne l’avait pas terminée à temps, et, à des fins commerciales, elle fut découpée et vendue en trois parties. Deux d’entre-elles appartenaient à Domenica Walter-Guillaume qui en a fait don à l’Etat français, et heureusement pour nous, depuis 1973, l’Etat a pu acquérir le troisième morceau et cette peinture a retrouvé à nouveau toute son entité.

Pierre-Auguste Renoir. À gauche : Fleurs dans un vase,1898. Huile sur toile. 55 x 46 cm. Paris, musée de l’Orangerie, inv. RF 1963 14. À droite : Bouquet de tulipes,1905. Huile sur toile. 44 × 37 cm. Paris, musée de l’Orangerie, inv. RF 1963 20

La disposition circulaire des lieux est unique et donne cette vue panoramique de l’exposition, le visiteur, d’un coup d’oeil peut se projeter dans l’espace de la fondation, et peut ainsi librement revoir à sa guise les oeuvres accrochées qui défilent une à une.

Jusqu’au 19 novembre 2024

Fondation Pierre Gianadda
Rue du Forum 59 – 1920 Martigny (Suisse)
Tél: +41 (0) 27 722 39 78
http://www.gianadda.ch/
Mail : info@gianadda.ch

Commissariat : Cécile Girardeau, conservatrice au Musée d’Orsay

HOMMAGE A Sam Szafran

Sam Szafran dans les collections avec au premier plan le banc de Antoni Gaudi acquis en 2023.

Deux autres expositions sont à voir à la fondation, celle hommage à Sam Szafran, une amitié qui a commencé en 1994 à New-York, suivie de la rencontre avec Henri Cartier-Bresson qui photographiera avec son légendaire Leica toute une série sur les travaux de l’artiste, les liens qui les unissait tous les trois ainsi qu’avec leurs épouses respectives.

Hommage à Sam Szafran

On peut ainsi découvrir ces images non seulement de Henri Cartier-Bresson mais aussi celles de Martine Franck, témoignages des nombreuses visites d’atelier, préparations d’expositions avec Daniel Marchesseau, souvent annotées. Cet ensemble a été offert par Sam Szafran, sa femme Lilette et leur fils à la Fondation Gianadda. Cette exposition se poursuit dans une salle où sont accrochées plusieurs des oeuvres de Szafran ainsi que le banc dessiné par Antoni Gaudi présent sur de nombreuses oeuvres de l’artiste et acquis en 2023 par la fondation. Entre-temps il y a eu ces deux céramiques monumentales commandées pour la fondation : L’Escalier, 2005 et Philodendrons, 2006.

Et pour terminer une dernière exposition Léonard Gianadda, sur les traces de Tintin jusqu’au 19 novembre 2024. En savoir +

Catalogues des expositions Fondation Pierre Gianadda

Le Parc de sculptures

Et surtout lors de votre visite, n’oubliez pas la promenade dans le parc de sculptures, vous y croiserez les nanas de Niki de Saint Phalle, des moutons de Lalanne, un grand coq de Brancusi, un mobile de Calder, un pouce de César, Chillida, Miró, Rodin, Bury … En savoir +

Vue la nuit César (1921-1998). Pouce.

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