Prix Marcel Duchamp 2024
Très belle édition. du Prix Marcel Duchamp créé en 2000 par l’ADIAF, la 24ème, bravo aux cinq artistes, et oui cette année ils sont 5 et non 4, mais toujours 4 installations : Abdelkader Benchamma, Gaëlle Choisne, Noémie Goudal et le duo Angelica Detanico et Rafael Lain.

Le Prix Marcel Duchamp se veut une représentation de la scène artistique contemporaine française, tous les artistes travaillent en France, aucun thème n’est imposé. Sans qu’ils se soient concertés cette année, la question de l’univers, le cosmos, sensibilise tous les cinq participants. Chaque artiste nous donne ainsi sa vision de la façon dont l’art permet de révéler l’ordre du Monde dans le contexte actuel. Ces quatre installations immersives sont à voir au Centre Pompidou jusqu’au 6 janvier. Le nom du lauréat a été dévoilé lundi 14 octobre vers 19h et félicitations à Gaëlle Choisne qui a remporté le prix Marcel Duchamp 2024!

Gaëlle Choisne
La visite commence avec l’installation de Gaëlle Choisne qui nous projette dans la nouvelle ère astrologique du Verseau. Elle nous propose une expérience, celle d’observer l’activité humaine sous le regard d’une autre espèce. Un sol noir en liège écolo à la fois confortable et instable, rappelle les sables noirs des plages martiniquaises de l’artiste, sur lequel sont posés des cratères ou ilots avec des monticules ruches ornées de céramiques, sortes de petits théâtres ou coquillages où sont projetées des vidéos déformées volontairement par les formes des sculptures. L’idée de l’ile, nouveau monde ou ancien ? le noir pourrait être aussi le goudron des villes. Portraits sortis tous droits de l’intelligence artificielle, scrappainting, parcours qui sème la confusion d’objets hybrides, atmosphère fumante au propre comme au figuré grâce ou à cause des « poses-cigarette ».

Abdelkader Benchamma
Abdelkader Benchamma nous entraîne dans un voyage aux bords des mondes, le visible et l’invisible, entre l’apparence et l’apparition. Comme aurait dit André Breton, à nous d’observer, découvrir les indices sur cette fresque qui se déroule sous nos yeux, une oeuvre qui se mérite. L’artiste a inséré cette fois-ci des vidéos qui nous entrainent encore plus à l’intérieur de ces mondes qu’il peint, une porte ouverte, comme si l’artiste nous dévoilait une fraction de son inconscient. Ces vidéos sont tirées de séquences de son livre Random édité par l’Association, une sorte de récit sur un monde en pleine fabrication. Un écho à cette préoccupation de l’artiste, du mouvement dans le dessin, sa façon de rendre visible une énergie.
« Ce qui me plaisait cette idée de percée dans la peinture, dans le mur, dans l’espace, comme si tout d’un coup notre monde se fissurait. Cette idée de morcellement, de dissimulation. Aucun cadre, les choses se cachent. Paul Valéry dit que : « Même les choses invisibles se cachent. »
Andelkader Benchamma

Sur le diptyque en arrivant, je suis intriguée par ces petites cartes postales des années 20/30 accrochées sur la peinture, elles représentent toutes des constructions en Algérie avec de petits dômes, une référence autobiographique assez rare dans le travail d’Abdelkader, il m’apprend qu’il les collectionne, il s’agit de photos de marabouts nom de ces cénotaphes, qui se trouvent à proximité de lieux saints, édifices qu’il avait découvert enfant, l’intérieur minuscule, complètement vide et paradoxalement très habité où on peut se recueillir .
Angelica Detanico et Rafael Lain
De la poésie dans l’installation du duo Angelica Detanico et Rafael Lain, des champs de fleurs rencontrent des étoiles. Sémiologue-linguiste et graphiste de formation, les deux artistes ont créé pour le prix, un poème cosmique avec une mise en relation des thématiques qui les passionnent depuis très longtemps : le cosmos. Flowering of lights met côte à côte des images de champs de galaxies et des images de champs de fleurs, ces images se transforment, fusionnent. Le regardeur se perd alors dans ces deux temporalités, l’une très éloignée de nous et l’autre très proche. Le visiteur se promène ainsi dans l’installation comme dans un rêve. Angelica Detanico et Rafael Lain ont écrit un poème retranscrit sur les murs qui permet de relier toutes les oeuvres réunies dans l’espace par le duo. Un univers à suivre, mêlant toujours poésie et science, des étoiles de la Constellation de la Rivière, suspendues attirent mon regard, leurs formes ont été codées chacune à partir des lettres de leur nom.

Noémie Goudal
Noémie Goudal utilise la paléoclimatologie et nous plonge dans l’épaisseur du temps. Elle nous donne accès à ce qui nous semble imperceptible, le mouvement d’un monde à l’apparence faussement statique. Son installation immersive est composée de deux vidéos, « Grand Vide » et « Supra Strata ».

« l’artiste livre un récit « d’extinction et de renaissance du monde » qui nous rappelle que la réalité terrestre n’est pas un état fixe mais un perpétuel mouvement cyclique entre jour et nuit, vie et mort, ordre et désordre. »
Jeanne Brun
Son travail est extrêmement minutieux Noémie travaille sous forme de performance et le son en fait partie, la musicienne Chloé Thévenin collabore avec elle depuis des années.

Informations
Le nom du lauréat sera dévoilé le 14 octobre à 19h.
Exposition au Centre Pompidou jusqu’au 6 janvier 2025, galerie 4 niveau 1.
Membres du comité de sélection de la 24ème édition
Claude Bonnin, Dominique Agostini, Alain Cantagrel, Renato Casciani,
Joëlle Cinq-Fraix Delanoë, Thuy Oanh Do Khac, Patricia Dupin, Thierry Gontier, Alain Le Provost, Sophie Safar, Akemi Shiraha
Commissaire de l’exposition Prix Marcel Duchamp 2024 au Centre Pompidou
Jeanne Brun, directrice adjointe du Musée national d’art moderne.



