A la découverte de Richard Peduzzi

The Gaze of Valérie de Saint-Pierre

Valérie de Saint-Pierre & Richard Peduzzi

Richard Peduzzi au Mobilier National ? La « boomeuse » que je confesse être,  se rend à la visite de « Perspective », exposition consacrée à l’immense scénographe de théâtre et d’opéra, avec un zeste d’appréhension. « OK, cela va être magnifique mais peut être un brin austère, voire très ….intello » me dis-je, dans le métro qui m’y conduit ! 

Vue de l’exposition

Peduzzi, c’est tout le même le compagnon de route de Chéreau -de 1960 à 2013- au TNP de Villeurbanne, aux Amandiers, à Bayreuth… Ce sont ces tours, ces containers, ces mégalithes gris, sublimes, puissamment métaphoriques mais très carcéraux … Bref, du « lourd » , comme on dit communément ! Les maquettes des décors mythiques de Richard Peduzzi sont certes là, dans toute leur beauté grave, ainsi que les photos d’archive qui les montrent sur scène, en grandeur nature …

 Mais elles sont loin d’être toute l’exposition qui rend aussi hommage à un peintre et à un designer, moins connus du grand public. Une centaine de peintures, gouaches et aquarelles, souvent préludes ou esquisses à des décors de scène, frappent par leur imaginaire, leur approche de la lumière, leur vision de l’espace très … théâtraux justement. Toutes celles -des gouaches et des pastels- qui évoquent Wozzeck, donné au Théâtre du Chatelet et à Berlin, dans les années 90, sont fascinantes d’étrangeté. Certaines sont réinterprétées en tapis magnifiques, parfois présentés accrochés -belle idée !- aux murs de l’escalier ou à l’étage. Ces derniers -ils sont 6- ont été édités à l’occasion de l’exposition, en collaboration avec Carpet Society, avis aux amateurs…

Richard Peduzzi – Maquettes

 Le travail de Richard Peduzzi, comme concepteur de meubles et architecte d’intérieur, se déploie aussi, dans une « mise en scène » – c’est bien le moins !-, à la fois hiératique et aérienne. Conçue par l’artiste et ses proches, elle est particulièrement cohérente avec l’esprit des longues galeries des Gobelins. L’iconique Rocking Chair, tout comme la spectaculaire Table-Pyramide, dessinés pour l’Atelier de Recherche et de Création du Mobilier National en 1992 -Peduzzi a conçu une trentaine de pièces pour l’institution de 1989 à 2013- sont bien sûr là, tout comme le spectaculaire mobilier imaginé pour un collectionneur viennois, dans sa ville et  dans sa villa  Corse. Un lustre imposant mais minimal – le « Casanova »- qui éclaire à la bougie ou l’électricité, frappe l’imagination, on aurait envie de dîner dessous…   Une exquise balancelle en tapisserie fleurie invite à  s’y poser, sans doute pour converser brillamment. Des poufs Arlequin replets amusent, des tables basses séduisent par leur habile géométrien, un paravent graphique est posé là, en toute élégance. Une envolée de chaises, telles des étourneaux dans un ciel suggéré, enchante enfin par sa grâce … Pas mal pour un élément de mobilier  aussi prosaïque ! Selon Richard Peduzzi, en effet, « un meuble est un dessin qui se regarde… ». Et il n’aime rien tant que « créer une conversation, une chorégraphie entre les objets, choses vivantes qui dialoguent entre elles ». Il ajoute, en poète qu’il est aussi : « il ne faut jamais oublier qu’une fenêtre est un œil et que le quotidien gagne tant à cohabiter avec le rêve… ». Un manifesto d’esthète certes, mais qu’il n’est pas si malaisé de faire sien… 

Le dernier aspect de l’exposition -peut être mon préféré !-  dans sa modestie assez confondante pour une « star » de cette envergure, ce sont ces dizaines de dessins,  croquis, notes, commencements d’idées jetées sur un papier de fortune -souvent, pied de nez amusant, des « pochettes à vomi » Air France ! – … Simplement épinglés sur les murs ou aimantés sur des consoles, sans la moindre barrière entre eux et le visiteur, ils sont une plongée très émouvante au cœur du processus créatif de Peduzzi , qui occupe visiblement chaque seconde d’une vie que l’on imagine facilement trépidante … « On commence par un petit dessin dans un café et on finit avec un truc monumental ! », conclut avec humour Richard Peduzzi, que l’on ne percevait pas, une fois encore, aussi peu imbu de son travail ! 

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Perspective, Richard Peduzzi,

jusqu’au 31 décembre,

Mobilier National

42, avenue des Gobelins, 75013 Paris

Commissaires :
Hervé Lemoine, Président du Mobilier national,
commissaire général
Richard Peduzzi
Martine Kahane, conseillère artistique et scientifique
Scénographie
Richard Peduzzi, Antonine Peduzzi et Anissa Beriel,
scénographe adjointe
Nome Studio architectes : Alessandro Balducci,
Rocco Valantines et Pich Hana Sotan

 

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