Imprimer l’esprit du Wax…

The Gaze of VALÉRIE DE SAINT-PIERRE

 Toute une exposition consacrée au wax ?

A priori, on ne le sentait pas ! D’abord, parce que la récupération en mode ou en déco de ce tissu indissociable du continent africain nous a souvent fait frôler la saturation …  Qui n’a pas eu, ces dernières années, son coussin en wax, brodé d’un Love ou d’un Joy guillerets ? Ensuite, parce que ceci impliquant cela, on avait tout lieu de craindre le procès en appropriation culturelle « décolonialiste » … 

Bonne surprise dans les deux cas !

« Wax », au Musée de l’Homme, est en effet une courte mais passionnante visite de l’histoire et du présent d’une étoffe qui est tout sauf un cliché… 

Malick Sidibé

A nous deux

© Malick Sidibé, Courtesy Galerie Magnin-A, Paris.

La première partie de l’exposition raconte l’odyssée du Wax, soit 120 ans de va-et-vient entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique … Rappelons que ce dernier, concrètement, est un tissu de coton imprimé des deux côtés, grâce à une technique qui implique la cire (et inspire donc son nom).  Imaginé au milieu du XIX ème siècle par des entrepreneurs néerlandais pour concurrencer à bas prix le célèbre batik indonésien, le wax est importé en Afrique par des soldats ghanéens. Enrôlés à Java et regagnant leur pays, ces derniers en rapportent fièrement dans leurs bagages. Le succès est immédiat ! Il conduit les européens, et notamment Vlisko, la manufacture historique des Pays bas, , à réorienter leur production vers leurs colonies de l’Afrique de l’Ouest…   

L’exposition revient sur les étapes de cette authentique saga mondialisée, de la mécanisation qui permit d’inonder le marché africain jusqu’à la naissance d’une production locale, au Nigéria, au Bénin, au Burkina Faso ou en Côte d’Ivoire … L’émergence des « Nana Benz » , flamboyantes actrices togolaises du business du wax, portant beau à Lomé dans leurs berlines de luxe, est ainsi joyeusement documenté -photos, imprimés dédiés…-,  non sans une séduisante ironie. 

Mais ce qui fascine le plus

-on le subodorait sans forcément en imaginer les enjeux -, c’est la variété inouïe des motifs du wax, et leur sens, toujours porteur de valeurs sociales et symboliques fortes et/ou pleine d’humour !  Tribut historique ( le tutélaire motif «  Pintades »), rapports hommes-femmes ( avec, entre autres, les motifs «Chérie, ne me tourne pas le dos », «  L’œil de ma rivale », « Mari capable » ), évocation un brin idolâtre de la modernité ( comiques motifs Ventilateur ou Bombe anti moustique Flytox), rêve de prospérité (motifs billets de banque ou ordinateur) , militantisme ( motif «Le sac de Michelle Obama» ), aucun de ces tissus n’est simplement décoratif, il s’agit de faire passer un message, privé ou collectif … Certains d’entre eux connaissent un succès non démenti au fil des ans ( comme « Fleurs de mariage », «  Hirondelle » ou « Hibiscus »), d’autres sont plus éphémères, comme cet insolite wax qui portraiture en médaillons… Valéry Giscard d’Estaing et Omar Bongo en 1976 ! 

La deuxième section de l’exposition

A droite : une oeuvre de la photographe Thandiwe Muriu, interroge la place des femmes dans la société kenyane. © Thandiwe Muriu

se penche sur l’influence du wax sur la création artistique contemporaine, en Afrique comme au sein de la diaspora africaine. On peut choisir de s’y promener en dilettante, goûtant ici les toujours emblématiques photos sixties des maliens Malick Sidibé et Seydou Keita, s’immergeant là dans les spectaculaires portraits au wax des artistes kenyane et nigériane Thandiwe Muriu et Tonia Nneji. On peut, au gré de sa flânerie, s’émerveiller d’installations de «fiber art» spectaculaires ou s’amuser de l’acidité de l’artiste visuel marseillais Gombo, peignant, par exemple,  un passeport « Afropéen » sur fond de wax étoilé … La liste est loin d’être exhaustive, le wax inspire ! 

La mode n’est d’ailleurs pas en reste,

avec notamment un costume de « yuppie » parodique du styliste malien Lamine Badian Kouyate, fondateur de la marque XULY Bêt (« Tu veux ma photo ? » en wolof), fleuron branché du Forum des Halles dans les années 80. Le fameux kimono de la designer sénégalaise Selly Raby Kane et ses patchs en wax, rendu célèbre par Beyoncé, est bien sûr là, lui aussi… 

Mais on peut également avec plus de sérieux -question d’horaire et d’état d’esprit le jour J !- explorer au fil de l’accrochage les notions de panafricanisme, d’empowerment, d’upcycling, d’« afrodystopie » et s’interroger sur la place de l’Afrique dans un monde globalisé, comme y tendent la plupart des œuvres présentées.  

L’ambiguité du wax,

source hybride de fierté et de rejet, est en effet amenée habilement par elles toutes :  est-il un symbole d’appartenance africaine, un héritage partagé ou un tissu imposé par l’impérialisme colonial ?   Là est la question que l’exposition ne tranche pas mais pose très justement … 

WAX, Musée de l’Homme, Place du Trocadéro, jusqu’au 7 septembre prochain.

A lire :

Wax Paradoxe, de Justine Sow (photo), une bédé qui relate l’histoire et l’aventure du wax à travers celles de Sofia, une jeune métisse qui découvre le sens et le pouvoir des tissus que son père lui rapportait d’Afrique chaque année … Editions Bayard Graphic » et le Musée de l’Homme. 

INFORMATIONS :

WAX

Musée de l’Homme

17 place du Trocadéro, 75016 Paris

Tel : 01 44 05 72 72

www.museedelhomme.fr

Jusquau 7 septembre 2025

COMMISSARIAT : Soloba Diakité, enseignante et historienne des arts africains
Marie Merlin, muséographe – Cindy Olohou, responsable des collections du Frac Île-de-France
Manuel Valentin, responsable des collections d’anthropologie culturelle, MNHN

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