Paris Noir – Paris panafricain.

The Gaze of MARIE SIMON MALET

« J’appelle Tout-monde notre univers tel qu’il change et perdure en échangeant et, en même temps, la “vision” que nous en avons. La totalité-monde dans sa diversité physique et dans les représentations qu’elle nous inspire. » 
Édouard Glissant, Traité du Tout-Monde. Poétique IV, Paris, éd. Gallimard, 1997.

La commissaire : Alicia Knock


Avant le 30 juin prochain, date de clôture de l’exposition, allez voir sans tarder « Paris Noir ». Il vous reste un peu moins de deux semaines pour partir à la découverte du  Paris noir des années 50 à l’aube des années 2000, déambuler dans un Paris méconnu et trop longtemps négligé par l’histoire de l’art, un Paris panafricain.

Sous l’impulsion d’Alicia Knock, directrice de la création contemporaine au Centre Pompidou et dans la lignée des expositions mythiques de ce dernier, « Paris New-York » (1977), « Paris Berlin » (1978), « Paris Moscou » (1979), « Paris-Paris » (1981), « Paris noir » réunit et expose, pour la première fois,
150 artistes africains, africains-américains, caribéens pour une grande part largement méconnus.
« Paris noir » est une fresque qui retrace 50 ans d’échanges, de mixités, de rencontres entre artistes, intellectuels, poètes, écrivains, philosophes. Les écrits du poète martiniquais Édouard Glissant à propos du Tout-monde en sont le point de départ et c’est l’un des mérites de l’explosion de montrer ces ponts entre art, littérature et contexte historique. J’aime aussi que les arts dits « annexes » ou « mineurs » que sont la mode et la musique y soient représentés.

Vue de l’exposition : Quattara Watts. Divination 1988 – Henri Guédon Jean-Michel Basquiat, 1990 et Carnets, 1980-1990.

L’entreprise de la co-commissaire Alicia Knock était périlleuse et colossale. Voyageuse dans l’âme toujours en partance, elle m’a avoué ne jamais prendre de billets de retour, Alicia Knock sillonne le monde à la recherche de talents, d’histoires, de liens. Pour l’exposition, la jeune femme a aussi voyagé dans un Paris qu’elle n’a pas connu et dont elle a dressé une cartographie nouvelle.

Vue de l’exposition

Déplorant un retard pris sur nos voisins anglo-saxons, Alicia Knock a soulevé des montagnes pour cette reconnaissance muséale française tardive et permi l’acquisition de nombreuses œuvres pour les collections du musée : une quarantaine de peintures, sculptures ou installations de l’exposition resteront à Paris.

Visiter Paris noir est comme suivre les méandres d’un fleuve : on se laisse emporter par un courant vibrionnant de couleurs, d’énergie et de densité.
L’exposition démarre en 1947, année décisive de la création de la revue anti-coloniale Présence Africaine puis se déploie dans un Paris cosmopolite, lieu de création et de rencontres, mais aussi de quête d’identité et d’échanges sous-tendus par la littérature, la presse, la politique. C’est une exposition à la fois cartographique et historiographique où l’on croise des figures tutélaires, Léopold Sédar Senghor, Aimé et Suzanne Césaire, Edouard Glissant, des personnalités emblématiques, James Baldwin, Grace Jones et des lieux comme le Centre 57 (dans le 10e arrondissement) soutenu par le couturier Pace Rabanne ou l’Hôpital éphémère (ancien hôpital Bretonneau) devenu une Fashion factory grâce au styliste malien , Lamine Badian Kouyaté, créateur de la marque XULY-Bët.

Dans ce voyage, faites escale devant les tableaux de l’Américain Beauford Delaney, l’ami de Baldwin, ceux du peintre martiniquais Henri Guédon, du Dominicain Vicente Pimentel.
Avant que les portes du centre Pompidou ne se referment pour plusieurs années de travaux, plongez dans un imaginaire entre deux mondes.

Paris noir
Circulations artistiques et luttes anticoloniales. 1950 – 2000

Jusqu’au 30 juin 2025

Centre Pompidou

Galerie 1, niveau 6

Commissariat : Alicia Knock, conservatrice, cheffe du service de la création contemporaine et prospective, Musée national d’art moderne – Centre Pompidou. – Commissaires associés : Éva Barois De Caevel, conservatrice, Aurélien Bernard, Laure Chauvelot, et Marie Siguier, attachés de conservation, service de la création contemporaine et prospective, Musée national d’art moderne – Centre Pompidou.

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