L’artiste Geneviève Claisse chez Louis Carré

Maison Louis Carré / Alvar Aalto

J’étais très curieuse de découvrir cette maison Louis Carré située dans son écrin de verdure pas loin de Rambouillet à Bazoches. Elle fut l’objet désiré par deux passionnés unis par l’amitié, le collectionneur et galériste Louis Carré et l’architecte finlandais Alvar Aalto, et, l’unique maison construite en France par ce dernier. Le visiteur la voit se dessiner avec ses formes, et ses briques blanches au bout de cette allée d’arbres, face à la maison de Jean Monnet, (l’ami du marchand d’art qui lui a fait découvrir les lieux). « Une maison cimaise » comme l’indique l’administratrice des lieux, Ásdís Ólafsdóttir qui a consacré une thèse sur l’architecte, mais c’est aussi une maison où on aimerait vivre, recevoir des amis, des collectionneurs invités à voir les accrochages d’oeuvres de la galerie.

Vue de l’exposition Geneviève Claisse / Maison Louis Carré. Entrée de la Maison.

Brique, essences d’arbres multiples comme le chêne, le frêne, le bouleau pour le mobilier, le teck très à la mode à l’époque ont été choisis avec soin pour bâtir l’édifice. Chaque détail est conçu avec brio que ce soit le pied d’un fauteuil en bronze, une poignée de porte, la sculpture d’un meuble, les vues « tableaux » sur la verdure extérieure, tout est séduisant, harmonieux et à la fois très fonctionnel. Les chambres celle de Monsieur très spacieuse avec sa grande salle de bains et son sauna, celle de madame plus petite et celle d’amis appelée Marcel Duchamp, le grand ami, sont conçues sur le même plan.

Salon. Détail des pieds en bronze du fauteuil

Rencontre à Venise

Bureau de Louis Carré. Sur le chevalet : Geneviève Claisse. Sans titre, 1960. gouache sur papier. 13 x 14 cm. Collection particulière

Exposition Geneviève Claisse

Cette association a repris le flambeau de la maison qui est à la fois un témoignage du design de ces années 50 et un fabuleux réceptacle pour l’art, ainsi des expositions sont régulièrement organisées. Cette fois-ci c’est au tour des oeuvres de Geneviève Claisse (1935-2018), d’être montrées dans ce cadre qui aurait déjà pu être le sien du temps de Louis Carré, il se trouve que des oeuvres de l’artiste Auguste Herbin (1882-1960) qui avait peint à l’aide de son alphabet plastique plusieurs portraits abstraits sur le nom de Louis Carré, a eu un rôle essentiel auprès de Geneviève.

Salon, au centre : Geneviève Claisse. Invariant, 1973. Huile sur toile. 180 × 180 cmCollection particulière

Auguste Herbin, un cousin éloigné

Artiste autodidacte, Geneviève Claisse est originaire du Nord de la France pas loin de la maison natale de Matisse au Cateau-Cambrésis. Elle est toute jeune et ses centres d’intérêts sont pour le moins originaux, elle feuillète avec grand intérêt la revue L’Art d’aujourd’hui et se passionne pour l’abstraction, son idole est Kazimir Malevitch, le Maître qu’elle place au dessus de tout, celui qui dans son Carré blanc sur fond blanc nous révèle la réalité. En 1953, elle croise Auguste Herbin et coïncidence plutôt heureuse, il est de sa famille, celui-ci regarde ses dessins et les trouve intéressants, il lui propose de le rejoindre à Paris dans son atelier, sa destinée est lancée.

« Je suis devenue peintre car j’ai découvert l’abstraction »

L’abstraction

Durant toute sa vie exclusivement consacrée à l’art, elle gardera cette fidélité à l’abstraction. A Paris elle est remarquée par Denise René qui représente les pionniers de l’abstraction et de l’art cinétique, celle qui a fait connaître Vasarely, le Centre Pompidou lui a consacré une exposition en 2001. Geneviève Claisse signe une contrat de représentation avec la célèbre galériste et sera alors la seule femme artiste de sa galerie. L’artiste succèdera à Sonia Delaunay et représentera la France pour l’Association internationale des arts plastiques (Unesco) de 1986 à 1995.

Vue de la chambre de Louis Carré avec les toiles de Geneviève Claisse

Avant-tout peintre et sculptrice, elle travaille sur des séries, toujours des formes géométriques déclinées à l’infini et peintes sur les toiles avec des couleurs vives, intenses. Dans ces premières années, son corpus s’inscrit dans cette mouvance de l’abstraction lyrique, mais elle s’en détache vite. Pour créer ses sculptures, elle extrait les figures géométriques de ses toiles, on peut voir dans l’exposition les deux supports comme ces carrés bleus à la fois sur une toile accrochée dans la chambre de Louis Carré et leur sculpture sur métal laqué dans le salon.

Chambre d’Olga Carré – Penderie.

Art et design

C’est saisissant de visiter les lieux qui restent figés dans le temps comme si Louis et Olga Carré étaient toujours présents, leurs vêtements dans les penderies et les petites valises Air France prêtes à embarquer, le bureau.. et la présence de ces oeuvres de Geneviève Claisse s’inscrivant si parfaitement dans l’architecture d’Alvar Aalto, démontre aussi le génie de l’architecte qui a su créer une structure à la fois belle et marquante et pourtant très disponible pour les artistes plasticiens. Cette exposition en est la démonstration très réelle. Lorsqu’on regarde Invariant, toile de 1973, installée dans le salon, on pourrait penser qu’il en est ainsi depuis toujours.

Une exposition à voir absolument dans ce cadre extraordinaire, pour ceux qui n’ont pas de voiture, un bus est prévu tous les premiers samedis de chaque mois, sur inscription.

C’est surprenant, qu’aucune exposition Geneviève Claisse dans les institutions parisiennes n’a été organisée, pourquoi ? et pourtant ses oeuvres sont bien dans les collections nationales. Son fils Laurent, présent lors de ma visite gère l’oeuvre de sa mère ainsi que celui de Herbin. L’association AWARE (Archives of Women Artists, Research & Exhibitions) soutient également l’artiste.

INFORMATIONS :

GENEVIEVE CLAISSE

14 juin au 21 septembre 2025

Maison Louis Carré, 2 chemin du Saint-Sacrement, 78490 Bazoches-sur-Guyonne
maisonlouiscarre.fr

La Maison Louis Carré est ouverte les samedis et dimanches, de 14h à 18h. Une réservation en ligne
est requise. Les visites à d’autres moments peuvent être organisées sur réservation également.

COMMISSARIAT : Mario Choueiry, historien d’art, enseignant à l’Ecole du Louvre et à la Sorbonne Abu Dhabi. Commissaire d’expositions et chargé de mission à l’Institut du monde arabe.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur THE GAZE OF A PARISIENNE

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture