3 petits tours dans le Luberon …

The Gaze of Valérie de Saint-Pierre
Ce ne sont pas les initiatives et les spots culturels qui manquent dans le Luberon … Quelques jours passés du côté de Roussillon m’ont mené dans 3 lieux pleins d’esprit pour 3 expositions qui n’en manquaient pas ! De ces visites un brin confidentielles, loin des foules et des passages obligés, qui laissent un souvenir enchanté…
Au Château de Mille, sur la route entre Apt et Bonnieux …
Cette ancienne résidence estivale des Papes, qui est le plus vieux domaine viticole du Luberon, est une petite merveille du XIIIème siècle, arches de pierres écrasées de soleil et oliviers vert-tendre, qui surgit au détour d’un chemin….

Constance Slaughter, qui a repris le flambeau de cette exploitation avec son mari Lawrence, invite tous les étés, autour des chais, des artistes locaux que la nature, la botanique et la minéralité provençale inspirent.
L’exposition 2025, « Balades », permet d’abord de muser -elles sont les plus visibles !-entre les sculptures en bois de récupération de l’artiste Joël Canat. Ses totems, arceaux ou petits fétiches primitivistes entrent particulièrement en résonance avec l’âme très lumineuse du lieu. L’«arbre bibliothèque » en bois brûlé est magnifique, le chêne épuré et évidé se fait énigmatique tourbillon organique…


On y découvre ensuite les troublantes photographies naturalistes d’Anneka Imbert, qui signe également une spectaculaire et fantomatique fresque de 9 mètres, à l’encre et sur papier japonais, Nuit de Pleine Lune .
Les bas-reliefs herboristes raffinés de Verena Omnes, qui moule les espèces de la garrigue dans le plâtre, sont aussi séduisants, dans leur étrangeté précieuse.
L’ensemble dégage une poésie certaine, « sans prise de tête » dirons-nous, petite pause hors du monde bienvenue, après un tour au très vibrionnant marché d’Apt ! Il n’est pas interdit, après toutes ces émotions esthétiques, de faire un tour plus épicurien à la très jolie boutique du domaine, vin, miel et beaux objets curatés avec soin…

Jusqu’au 30 Septembre, du lundi au samedi, 10/19h.
Adresse : Château de Mille, 2650 route de Bonnieux, 84400 Apt.
Rens : chateau-de-mille.com

Jusqu’au 30 Septembre, du lundi au samedi, 10/19h.
Adresse : Château de Mille, 2650 route de Bonnieux, 84400 Apt.
Rens : chateau-de-mille.com
A la Maison de Dora Maar, dans Ménerbes….

Cette maison, cadeau de rupture de Picasso à sa muse déchue, est un lieu emblématique de Ménerbes. Elle abrite, outre une résidence d’artistes créée par une fondation américaine, la Mob, très inspiré petit espace d’exposition. Niché au rez-de-chaussée, il se nomme ainsi en souvenir amusé -et ému- de la mobylette chérie de Dora Maar, bien connue des rues du village …

Laure Fournier-Kaltenbach y initie depuis huit ans des installations très pointues, toutes imprégnées de l’histoire artistique assez inédite de Ménerbes et des liens de Dora Maar avec cette dernière ( ainsi, le trio Joe Downing, Jane Eakin et Nicolas de Staël, en 2022) .


Cet été, c’est au peintre Georges de Podgedaieff (1894-1971) qui s’installa à Ménerbes de 1960 à sa mort, de sortir d’une forme d’oubli assez incompréhensible… Créateur de décors d’opéras et de théâtre, affichiste, danseur, aquarelliste, portraitiste par passion -et par nécessité-, créateur de costumes, illustrateur, poète, paysagiste inlassable de ce coin de Provence, cet artiste russe blanc et son épouse Vala (inhumée à ses côtés dans le cimetière local) ont été des figures aimées du village, les habitants les aidant même à restaurer leur maison. Exilé aux mille talents, Georges de Podgedaieff fût aussi célébré par ses pairs célèbres (comme Paul Claude), on lui doit par exemple un portrait resté célèbre de Louis Jouvet.

La commissaire d’exposition, Laure Fournier-Kaltenbach, a choisi ici de mettre en lumière son travail autour des costumes et des décors de théâtre ou de l’illustration d’œuvres, parfaitement mis en exergue dans ce lieu intimiste. On en aime immédiatement la fantaisie fauviste, très Ballets Russes, le mysticisme poétique, le génie coloriste évident… Une série d’esquisses des années 20, autour de Taras Boulba -opéra du compositeur ukrainien Mykola Lysenko, d’après le roman de Gogol-, frappe particulièrement. Quelques vers du peintre inscrit sur les murs – ainsi le magnifique « C’est ce soir que nous saurons comment le vent s’appelle »- parfont cette immersion dans l’âme très slave d’un provençal d’adoption…
En marge de l’exposition, il est possible de visiter, sur rendez-vous, les mardis et samedis, le reste de la maison, acquise à la mort de Dora Maar par la philanthrope texane Nancy Negley, sa voisine. Elle n’a certes plus grand-chose à voir avec le modeste logis de Dora mais fait néanmoins figure de demeure de campagne idéale, avec ses méridiennes en rotin fleuries, ses croisées ouvertes sur les environs, ses oeuvres laissées au fil du temps par les artistes résidents, son délicieux jardin …
La boutique de la Mob regorge d’excellents livres, de nombreux tirages des photos de Dora Maar et d’une réinterprétation très chic de son célèbre rouge à lèvres..

Jusqu’au 23, Novembre, tous les jours, 11h/13h, 14h/17h.
Adresse : 58, rue du Portail Neuf, 84560 Ménerbes
Rens : maisondoramaar
Photo : Devant la maison de Dora Maar, Laure Kaltenbach-Fournier, commissaire de l’exposition : Georges de Pagédaieff
A l’hôtel de Tingry, toujours à Ménerbes…

Cet hôtel particulier a toute la grâce du XVII ème siècle, période à laquelle il fut contruit pour un aristocrate d’Avignon, qui y vint en villégiature. Il fait désormais partie du Centre Culturel Dora Maar mais fût la résidence privée de Nancy Negley, jusqu’à sa mort en 2013. On peut d’ailleurs passer la nuit -2 minimum, en fait- dans ce très bel endroit, profiter de sa bibliothèque cosy, de son escalir majestueux, de sa piscine ou de son jardin clos, via une simple réservation sur Booking, à condition de s’y prendre bien à l’avance.

L’Hôtel de Tingry accueille aussi, cet été, la première exposition de l’artiste Afghano-Canadienne Hangama Amiri. « A travers les objets » présente une quinzaine d’œuvres tissées, natures mortes et portraits, éblouissantes de couleur et de graphisme hardis. Toutes racontent l’exil et le lien au passé que constituent les objets domestiques les plus humbles (valises, aspirateur, sac de riz, samovar, plaque de henné …).
C’est « objectivement » magnifique et merveilleusement incongru dans l’univers très opulent de l’hôtel. Une vraie révélation quand, comme moi, on est particulièrement sensible au Fiber Art !

Jusqu’au 27 septembre, mercredi, samedi et dimanche, 13h à 18h (entrée libre).
Adresse : Hôtel de Tingry, Rue Cornille, 84560 Ménerbes
Rens : maisondoramaar



