Jean Lurçat (1892-1966), peintre, céramiste, créateur de tapisserie
Paris – Saint Laurent-Les-Tours

Jean Lurçat a vécu dans deux lieux aux antipodes l’un de l’autre. Le premier à Paris, 14e arrondissement, 4 Villa Seurat, dans ce chef-d’oeuvre d’architecture moderniste construit en 1925 par son frère André. Cette maison atelier est aujourd’hui ouverte au public après une longue restauration dirigée par Jean-Michel Willmotte qui avait imaginé également la scénographie de l’exposition consacrée à l’artiste aux Gobelins en 2016 « Au seul bruit du soleil – Jean Lurçat ».

Le second est une forteresse médiévale dans ce paysage exceptionnel du Lot, à Saint Céré dans la Vicomté de Turenne, on repère au loin les tours romanes hautes de 33 mètres qui ont tant fait rêver Jean Lurçat lorsqu’il les découvre avec son secrétaire Agamenmon ! Juste après la guerre 39/45, il fait l’acquisition de ce château en rencontrant par hasard la propriétaire, sans prendre la peine de le visiter, ce n’est qu’après qu’il s’aperçoit que les toitures sont inexistantes et que c’est une ruine.

« En fait, j’ai acheté une carte postale. Mais il s’est trouvé que cette carte postale était magnifiquement organisée pour mon travail de peintre mural, puisque la hauteur moyenne des plafonds est de 6 m. que j’ai une grande salle qui a 15 m de long; qu’il y en a une autre qui fait 10 m de haut, etc…. En somme, ce que j’avais acheté, c’était un outillage. »
Enfance à Épinal, ville de l’image!
Jean Lurçat fut l’élève de Victor Prouvé père de Jean et fondateur de l’école de Nancy.
Avant la guerre, il est apprenti fresquiste auprès de Jean-Paul Lafitte, ses futures tapisseries seront en quelque sorte « des murs de laine ». Cet apprentissage s’arrête au moment de la guerre 14/18. Les tranchées sont un traumatisme. Lorsqu’il est blessé, il reçoit des crayons pour ne pas déprimer à l’hôpital.
En 1919, il exécute une série de cinq dessins aquarellés, qui raconte une histoire, le dernier représente un avion qui se transforme en son portrait.
Très cultivé, grand lecteur, Il allait à la Closerie des Lilas bavarder avec Apollinaire et deviendra un grand bibliophile, un prix de bibliophilie Jean Lurçat a été créé à l’initiative de sa femme Simone et est décerné chaque année par l’Académie des Beaux-Arts.

Les voyages
L’artiste est un grand voyageur, il part loin en Afrique, en Asie, il découvre la Chine Populaire et Pékin qui l’éblouit. Il a été très influencé par l’Italie, les peintres de la Renaissance, Uccello… De ses séjours, il rapporte des couleurs, des émotions qu’il tente de retranscrire de mémoire dans son œuvre, il ne prend aucune note ni carnet de croquis, Il ne s’agit que de sensations.
Saint Laurent-Les-Tours
Après la guerre il est souvent à Saint Laurent-Les-Tours et vaque à de multiples occupations, agriculture, vignobles et bien-sûr la tapisserie.
L’entrée du château se fait par la salle des gardes, une immense pièce où sont accrochées d’immenses tapisseries, le soleil trône en majesté, présent sur le sol et sur la tenture.
Ce soleil est un motif omniprésent chez l’artiste, on le retrouve à Paris sur une grande tenture Villa Seurat réalisée spécialement pour le salon de la Villa Seurat. Mais retour à Saint-Laurent, le mur face à celui de pierres laissées à nue est surprenant, il est recouvert de contreplaqués sur lesquels Jean Lurçat dessinait les cartons comme en témoignent les traces de peintures encore visibles, système également très pratique pour dérouler les grandes tapisseries.

Ateliers -Musées

Au coeur de la création de Jean Lurçat
Que ce soit aux Tours ou à Paris, le visiteur se trouve dans un atelier musée au cœur de la création de Jean Lurçat. Il ne peut être qu’envouté par l’ampleur de cette possession des murs par l’artiste, Lurçat avec cette maîtrise des techniques et matériaux divers qui le caractérise, s’empare de chaque espace, élément d’architecture, objet et le détourne, un fond de cheminée décoré par lui devient attractif, nappe, serviettes, bouteilles, la vaisselle identique à Paris et aux Tours aux motifs de sirènes, rien n’est laissé de côté, à l’exception faite de quelques rares meubles ou objets comme ce canapé rouge offert par Christian Dior ou encore des fauteuils recouverts de canevas conçus par Pierre Charreau, architecte de la Maison de Verre, et aussi cette poterie de Picasso.

Arrêt de la peinture de chevalet
Au début de sa carrière, Lurçat peint, la peinture reste le sujet de sa vie, même si il abandonne le chevalet, il reste peintre cartonnier. Ces dessins préfigurent les sujets des tapisseries. Ses toiles accrochées dans les deux habitations, sont empreintes de ses voyages, il représente des personnages stylisés comme « La Persane ». On reconnait l’inspiration des mouvements de cette époque du début XXe, et ce qui deviendra son vocabulaire si reconnaissable extrait des mondes végétal, astral et marin. Pendant la guerre en signe de résistance il représentera son animal fétiche le coq combattant, symbole de la France, et, sur une de ses tapisseries présentée dans cette grande salle de garde, il retranscrit le poème d’Eluard :
Comme un coq et comme un roc
Une mine de lumière
Un coq comme un incendie
Ni d’hier ni d’aujourd’hui
Un mouvement de couleurs
La lumière foudroyante.

La tenture de l’Apocalypse à Angers
Fin des années 30, Jean Lurçat découvre la tenture de l’Apocalypse à Angers, c’est une révélation, il abandonne définitivement la peinture sur chevalet. Lorsqu’il s’intéresse à la tapisserie, les manufactures étaient misérables, et ne fabriquaient essentiellement que ces « verdures d’Aubusson » ou des copies 18e. Il fallait l’énergie et la fibre artistique de Lurçat pour redonner ses lettres de noblesse à ce métier. Il établit un nouveau protocole de fabrication, une laine épaisse, un code couleur réduit et un carton numéroté. En 1946 une exposition est consacrée à la tapisserie française La Tapisserie française du Moyen-Age à nos jours au Musée d’Art Moderne, Paris, juin-juillet 1946, Lurçat a une salle pour lui et c’est un triomphe.

Ambassadeur de la tapisserie à travers le monde, il reçoit volontiers des étudiants qui souhaitent apprendre la technique de la tapisserie et d’ailleurs ne travaille jamais seul mais en équipe et insiste afin que chacun puisse participer, donner son avis.
Le Chant du Monde est son œuvre testamentaire et cette tenture revient au point de départ de sa passion pour la tapisserie, le lieu de l’Apocalypse d’Angers, elle sera acquise par la ville en 1966 (année de son décès) et visible dans l’Hospice Saint-Jean d’Angers.


Grâce à sa dernière épouse Simone rencontrée pendant le maquis lors de la seconde guerre mondiale, le château est aujourd’hui propriété du département et l’immeuble atelier parisien est celle de l’Institut .
« C’est l’aube. C’est l’aube d’un temps nouveau où l’homme ne sera plus un loup pour l’homme » cette phrase est gravée sur son épée d’académicien et sur sa tombe aux Tours Saint-Laurent
INFORMATIONS PRATIQUES

Maison-Atelier, 4 Villa Seurat, Paris XIVe
Le public sera accueilli chaque vendredi et samedi sous la forme de visites commentées proposées à des groupes
de 18 personnes.
Les réservations se feront obligatoirement via la billeterie en ligne sur le site : www.maisonatelierlurcat.fr
La librairie Lurçat – 101, rue de la Tombe-Issoire, XIVe, Paris.

Château de Saint-Laurent-Les-Tours – Lot
Atelier – Musée Jean Lurçat
1679 avenue Jean Lurçat
46400 Saint-Laurent-les-Tours
Tel : 05 82 11 04 56
Ouvert du 1er avril au 2 novembre 2025
Fermé le lundi



