Le fabuleux bestiaire de Goudji à la Galerie Capazza

Goudji, Le Royal Cerf-Volant Argent, onyx, serpentines 50/ 40/ 30 cm. Galerie Capazza photo©thegazeofaparisienne

« La singularité de l’art de Goudji réside en premier dans l’élaboration d’un vocabulaire formel qui rend contemporaines toutes les époques. (..) Il accomplit une synthèse de styles et de traditions depuis le Paléolithique à l’art carolingien, byzantin et gothique, dans une vision du temps où passé, présent et futur sont confondus. » Alice Ruffi

photo de Goudji dans son atelier. Courtesy @Goudji .

Une vie de Roman : de l’Est à l’Ouest, passion et quête d’absolu

Né en 1941 en Géorgie, Goudji grandit au cœur du Caucase, dans un univers où les légendes et la beauté des paysages nourrissent son imaginaire. Après des études de sculpture à l’Académie des Beaux-Arts de Tbilissi, il s’établit à Moscou. Fasciné par l’histoire et les mythes anciens de sa terre natale — berceau de la Toison d’or et du travail artistique de l’or — Il rêve de devenir orfèvre. Mais en Russie cette pratique est bannie, et il doit y renoncer. Se recentrer sur la sculpture ? Le résistant qu’il est refuse de sculpter Lénine, sa faucille et son marteau, et s’oriente alors vers les arts appliqués afin de « ne jamais travailler à la gloire du régime« .

L’amour va le mener bien loin des Soviétiques ! En 1969, il se marie avec une Française, Katherine Barsacq, qui travaille au service culturel de l’ambassade de France. Épouser une capitaliste, quel affront fait au régime communiste ! Finalement, après maintes péripéties, Goudji s’installe avec sa famille à Paris en 1974, grâce à l’intervention personnelle du Président Georges Pompidou, et reçoit la nationalité Française en 1978. Son rêve devient réalité, il sera orfèvre et pourra enfin sculpter les métaux rares qu’il aime tant !

Goudji, La Grande Attelée – argent , amazonite, cristal, tourmaline, jaspe, 32 / 80 / 33 cm .
Galerie Capazza. photo ©Thegazeofaparisienne

« Je suis né à Paris, à l’âge de 33 ans. Libéré de mon passé, c’est à Paris que je peux enfin évoquer les civilisations disparues qui m’ont tant ému; transmettre mon émoi devant ces traces magiques, porteuses de symboles identiques (…). Les peuples migrent et leurs cultures s’entremêlent pour mieux me fasciner car elles m’émerveillent. J’en recherche l’universalité, tout en puisant aux sources de l’art, et m’exprime avec des matériaux qui étonnent encore, parce que rares. » Goudji

Goudji et les Capazza, une rencontre décisive

Vue de la Galerie Capazza, courtesy Galerie Capazza, ©galerie Capazza


« La vie parfois vous offre la rencontre inespérée. Ce fut le cas en 1976. Qui savait que des mains de Goudji les chefs-d’œuvre les plus fabuleux allaient jaillir ? Et pourtant, lorsque nous avons découvert les premières fibules de Goudji, nous sommes restés muets d’admiration. » Gérard Capazza

Quand le destin s’en mêle… En 1975, Gérard et Sophie Capazza, passionnés d’art contemporain, achètent une ancienne commanderie à Nançais, qu’ils restaurent en galerie d’art. Alors qu’ils visitent des ateliers d’artistes, le hasard les mène à la rencontre avec Goudji. Les jeunes galeristes sont immédiatement subjugués par la beauté des bijoux d’argent et de pierres créés par l’orfèvre. Deux ans plus tard, commence une belle aventure entre l’artiste et la galerie, nourrie par une forte complicité artistique et humaine, qui perdure depuis près de cinquante ans. Au fil du temps, les liens noués avec les Capazza se sont élargis à leur fille, Laura, et leur gendre, Denis, tous deux également épris d’art.

Goudji, La Verseuse à l’Antilope. Argent. 28 / 43 / 40 cm, Galerie Capazza.
photo©thegazeofaparisienne

Une exposition exceptionnelle.

C’est un fabuleux bestiaire que Goudji présente actuellement à la galerie Capazza de Nançay. L’exposition met en scène des œuvres remarquables, où se déploie l’univers onirique de l’orfèvre-sculpteur, porté par l’universalité de ses références et par ce geste créateur à nul autre pareil.

« Mes animaux fantastiques, stylisés, évoquent la mythologie, rappellent des civilisations disparues et les sources d’inspiration sont nombreuses! Je m’inspire aussi bien du Proche-Orient ancien que des cultures méditerranéennes, de l’Europe centrale ou de l’art des Viking. » Goudji

Goudji, Rhyton au Lion noir, Galerie Capazza. 21/48/20 cm. photo©thegazeofaparisienne

Ses créations recèlent aussi un certain humour : le détail inattendu, la surprise d’une forme jamais vue, une langue tirée, une association improbable soulignée par des noms évocateur et des jeux de mots. Le Royal Cerf-Volant montre ainsi littéralement un cerf paré de majestueuses ailes de serpentine verte prenant son envol ; le Cabriolet figure une créature mi cheval-mi charrette …

Je suis subjuguée par la ligne infiniment gracieuse de La Verseuse à l’Antilope, par la forme étonnante du Rhyton au Lion noir (qui nous tire la langue!), par la sublime Coupe Cylindrique aux Sitelles Torchepot, où les oiseaux sont tournés vers le sol, et bien d’autres encore. Quelle beauté cette alliance de l’argent martelé, reflétant la lumière, et de ces pierres semi-précieuses aux couleurs soigneusement choisies.

Goudji, Coupe Cylindrique aux Sitelles Torchepot . Galerie Capazzaphoto©thegazeofaparisienne

Un travail inspiré, minutieux, maîtrisé de bout en bout

Pour donner naissance à ces pièces extraordinaires, Goudji agit par instinct. Il raconte qu’il voit d’abord les objets en rêve, avant que sa mémoire ne les retienne et que ses mains ne les restituent.

L’artiste ne crée que des pièces uniques, sans possibilité de reproduction. Pour cela il adopte une technique ancestrale, le repoussé à la main et au marteau sur de fines feuilles de métal, à laquelle il ajoute l’incrustation de pierres dures dans le métal précieux. Goudji pousse même l’exigence de la maîtrise jusqu’à fabriquer lui-même les outils nécessaires pour chaque nouvelle oeuvre.

À son arrivée à Paris ses créations d’orfèvrerie commencent par des bijoux et des fibules. Mais très vite, son imaginaire prend de l’ampleur. Il donne vie à des objets hors du commun — animaux fabuleux, figures mythologiques, et toutes sortes de formes surgies de ses rêves. il reçoit aussi des commandes d’épées d’académiciens, quatorze à date, dont celle d’Hélène Carrère d’Encausse ou de Maurice Allais.

Goudji, Marc ou le Premier Vivant – 36 / 61 / 22 cm, Galerie Capazza.photo ©Denis Durand / galerie Capazza

À partir de 1985, une ère plus spirituelle s’ouvre avec la création d’«objets de beauté, à la gloire de Dieu». Ses premières oeuvres d’art sacré — une cuve baptismale et un chandelier pascal, réalisés pour l’exposition du Comité national d’art sacré — sont conservées à la cathédrale Notre-Dame de Paris. Elles inaugurent un pan important de son travail. Depuis, on retrouve son art dans de nombreuses cathédrales, églises et autres édifices religieux, en France comme à l’étranger, et notamment au Vatican.

Je laisse les derniers mots à Olivier Gabet – Conservateur général du patrimoine et historien de l’art, Directeur du département des objets d’art du musée du Louvre – qui a écrit la préface du catalogue de cette magnifique exposition.


 » Devant ce déploiement somptueux, on est envahi d’un sentiment troublant, celui de se trouver face à des chefs-d’œuvre originaux, puissants, éclatants, qui ont la délicatesse d’entrer en résonance avec tant de signes qui façonnent notre culture visuelle, notre héritage commun, de la Perse à Athènes, de Babylone à Rome, du Tigre au Danube, des griffons ailés de malachite et de lapis, des oiseaux au bec audacieux et téméraire, des ex-voto rassérénant, des canthares et des coupes dignes de banquets des Dieux. Modeste, toujours secret, né à l’orfèvrerie parce qu’il le voulait ardemment, sans cesse rivé au métier, sans cesse explorant les formes, sans cesse narrant des histoires, Goudji est bien définitivement entré dans l’Histoire. » Olivier Gabet (extrait du catalogue d’exposition)

Caroline d’Esneval

Goudji, l’Or du Temps

Jusqu’au 28 Septembre 2025

Gallerie Capazza

18330, Nançay
Tél. : +33 (0)2 48 51 80 22 contact@galerie-capazza.com

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