Le poulpe, super star à Deauville
Aux Franciscaines
Aux Franciscaines, on plonge dans ce Bleu Profond de l’océan révélé aux visiteurs par le commissaire de l’exposition Jean de Loisy. Il nous propose de découvrir les fonds sous-marins à sa manière, inattendue en nous montrant des oeuvres rares souvent peu connues, créées par des artistes qui ont voulu représenter le monde mystérieux des abysses. Une histoire qui commence vers 1870, par cette première grande expédition océanographique anglaise Challenger, elle a permis d’identifier plus de 4000 espèces inconnues et a inspiré Jules Verne, pour son si célèbre roman 20000 lieues sous les mers, son héros, le capitaine Nemo aux commandes de son sous-marin le Nautilus, nous fascine toujours.

Au XIXe siècle l’océan devient POP !
» Dans ses fécondes ténèbres, la mer peut sourire elle-même des destructeurs qu’elle suscite. Sa richesse principale défie toutes les fureurs de ces êtres dévorants. Je parle du monde infini d’atomes vivants, d’animaux microscopiques, véritable abîme de vie qui fermente dans son sein. »
-Extrait de La Mer, Jules Michelet
Deux autres livres celui de Jules Michelet, l’historien, La mer vers 1861 et celui de Victor Hugo vers 1866, Les travailleurs de la mer, vont aussi avoir un succès immense .

« Ils vont influencer le public et faire que tout à coup le fond de l’océan devienne « Pop » c’est à dire populaire. Ces trois livres ont changé la mentalité des gens à l’égard de la mer et créé une curiosité extraordinaire. »
-Jean de Loisy, commissaire de l’exposition

Une autre invention : l’aquarium
Simultanément il y a eu ce phénomène moins connu mais aussi attirant, il s’agit de l’aquarium. Retour en arrière, en 1851, à Londres, lors de l’exposition Universelle, est présenté le premier grand aquarium avec des animaux qu’on ne soupçonnait pas du tout et cela inspire évidemment les artistes en leur offrant un nouveau vocabulaire. Le grand artiste verrier, Emile Gallé a toujours été attiré par l’océan et va sculpter en 1904, juste avant de mourir, la sublime Main aux algues et aux coquillages, prêtée par Orsay.

Ce qui est fantastique c’est la découverte de ces mollusques si étranges qui va enthousiasmer le public comme en témoigne cette anecdote, lorsqu’au musée océanographique de Brighton, une pieuvre vivante est montrée, les visiteurs se bousculent pour la voir et cela déclenche un tel engouement que lorsqu’elle meure, le musée est déserté. Dans cette fin du XIXe ou début XXe, sa réputation est digne d’un film d’horreur, dans leur film, les Frères Williamson (à voir dans l’exposition), vers 1915, elle est loin d’être à son avantage !
« Tout à coup, Williamson semble aspiré par la crevasse. Il vient de poser son pied sur l’extrémité d’un tentacule. Cela a suffi. Il est saisi, le monstre l’entraine… »
-Texte extrait du film des Frères Williamson, vers 1915
Charles-Alexandre Lesueur (1778-1846)
Un jeune homme de 22 ans, parti pendant quatre années de 1800 à 1804 sur un bateau « Le Géographe » à la découverte des Terres Australes, est le point de départ de l’exposition. Il s’agit de Charles-Alexandre Lesueur (1778-1846) qui va se passionner pour ces « naturels » inconnus , les décrire et les dessiner avec une grande précision, plus de 8000 manuscrits et dessins conservés au musée d’histoire naturelle du Havre, constituent un véritable trésor et un témoignage de cette expédition.

Bien plus tard, l’invention de la photographie, ouvre les champs possible, les frères Boutan innovent et conçoivent une chambre photographique étanche.
Peindre sous la mer
Très intéressant de voir l’évolution de la perception de ce nouveau monde au fur et à mesure de ces deux siècles XIXème et XXème, avec des inventions, aux origines parfois improbables comme ce premier scaphandre construit pour ce boulanger pâtissier de Marseille aux alentours de 1866. Les artistes aimeraient aussi peindre en direct sous l’eau, certains réfléchissent à des procédés, innovent, et cela donne cette cloche en verre pour y peindre à l’intérieur avec son chevalet. Yiannis Maniatakos (1935-2017), va mettre au point une technique de peinture et un système le reliant par un tube à son bateau par lequel il respire, lui permettant de peindre un « jamais représenté », il va produire ainsi une centaine de toiles sous l’eau.

23,4 x 15,2 cm. Paris / Guernesey, Maison de Victor Hugo. N° inv 2017.0.784
Les enjeux, la sauvegarde des fond marins, les artistes lanceurs d’alerte
« (…)mais ce qui surgit, dès les premiers pas dans cette exposition jusqu’à sa conclusion inquiète, c’est la vie. Les vies que la mer engendre sans cesse, sa vitalité que nous menaçons et nos vies qui en dépendent »
-Jean de Loisy, commissaire de l’exposition

Jean de Loisy propose cette plongée sous-marine à travers l’histoire de l’art, il choisit l’angle de la beauté pour nous alerter de cette urgence écologique, des fonds marins. La visite commence par la représentation de la vague, avec cette très belle vidéo d’Ange Leccia placée derrière une peinture de Georges Lacombe, une vague qui n’est pas sans nous rappeler les estampes japonaises en vogue à cette époque. Le photographe Nicolas Floch, explore le littoral français en plongeant et en répertoriant ainsi par ces photographies, le désastre de la pollution, ses oeuvres déstabilisent par leur esthétique, ses monochromes sont trompeurs, la beauté des couleurs est présente pour dénoncer un vide, celui de l’absence du monde vivant qui disparait petit à petit.
Exposition à voir cet été, au détour d’une promenade au bord de l’océan sur les planches de Deauville.

Bleu profond – L’océan révélé
Les Franciscaines
145 B, Avenue de la République
14800 Deauville
Jusqu’au 21 septembre 2025
Commissariat : Jean de Loisy, historien de l’art, commissaire d’exposition indépendant.
Scénographie : Constance Guisset



