Paris est une fête… de l’image

Une journée radieuse en perspective, cette annonce de la libération de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal tant attendue, la veille des commémorations du 13 novembre est un rayon de soleil même si tout est loin d’être une fête. Rendez-vous au Grand Palais pour cette nouvelle édition de Paris Photo.

Histoire de voir bien sûr des belles images qui nous étourdissent tant par le nombre, la qualité artistique, le regard de tous ces artistes qui parfois au risque de leur vie capturent un instant, témoignent et nous donnent leur vérité.

Des femmes reporter Lee Miller (1907-1977) qui aura bientôt une exposition à Paris, Marie-Laure de Decker (1947-2023), toutes les deux figures majeures du photo reportage ont couvert les zones de conflit à travers le monde au péril de leurs vies. voir le solo show Marie-Laure de Decker stand Anne-Laure Buffard & In Camera.

Ces photographes ont marqué nos esprits, Boris Mikhaïlov a photographié toute cette époque soviétique qu’il couvre en produisant des images codées à déchiffrer, je pense aussi à l’iranien Payram, galerie Maubert, lui a fui le régime des Mollahs et photographié sur des petits Polaroïds qui se transforment en icônes la vie de femmes emprisonnées dans les geôles iraniennes, le regard de l’une d’elles me rappelle celui de la Joconde.

« il y a la maison. Il y a la nostalgie. Il y a la femme. Il y a l’intérieur. (…) Il y a la sérénité. Il y a la nature morte. Il y a le blanc. Il y a l’extérieur. (…) Il y a le baluchon. Il y a l’horizon. Il y a l’ange. Il y a la mémoire. Il y a le paysage. Il y a le souvenir. Il y a l’éloignement. Il y a la destruction. Il y a le calme. Il y a beaucoup de lumière ici. » écrit Payram
Et l’IA dans la vérité de l’image ?

Elle est le point central de la réflexion pionnière du couple Simon Brodbeck et Lucie de Barbuat qui réfléchissent à « l’Histoire Parallèle », titre de leur dernier livre, cette histoire que l’oeil du photographe construit et donne au regardeur, il met en exergue une certaine vérité et sème le trouble dans nos convictions. Ainsi la célèbre photo prise par Robert Capa The Falling soldier, 1936 pendant la guerre d’Espagne s’est révélée être une mise en scène ? nos deux artistes confrontent sa description le plus précisément possible à l’Intelligence Artificielle qui produit une image « presque » identique, troublante.

Ne pas oublier de faire un tour au premier étage, et poursuivre sa visite secteur Emergence, vous y verrez Rodrigo Braga, photographe brésilien qui a une pratique performative au milieu de la nature, des forêts, il compose ses projets en les dessinant puis en les photographiant. (cf article précédent)

Sylvie Bonnot, un peu plus loin propose L’histoire du Royaume des moustiques, l’artiste est allée en Amazonie guyanaise, elle a imaginé un procédé de cristallisation qui donne un aspect très étonnant et poétique à ses images et nous interpelle sur les réalités écologiques de ce coin du monde très sensible.

Toujours au premier étage n’oubliez pas le coin des éditeurs, une proposition fantastique de livres d’artistes, des éditions rares de grande qualité et des prix abordables.
Justement, je découvre en partant les livres et le travail délicat de photogravure de l’artiste japonaise Sayuri Ichida qui évoque les relations entre sa soeur et elle et par le média, elle tente en représentant infiniment sa soeur sur ses photographies de renouer avec elle.

The Gaze of Marie Simon Malet

Je ne sais laquelle choisir entre ces trois photographies si liées à l’intimité. Celle de Dora Maar qui représente une petite fille à l’incroyable tenue toute perlée, un petit bijou qui me rappelle les liens entre le surréalisme et la mode. Le chat Sasuke sur le tableau de bord de la voiture du photographe japonais Fukase. Et pour un troisième coup de cœur la série des autoportraits de Lee Friedlander qui deviennent un vrai jeu de piste pour retrouver le photographe chez Franekel.

The Gaze of Anne Lesage

ATLANTA. http://www.jacksonfineart.com
Sally Mann, At twelve revisite l’ensemble de ses clichés 30 ans plus tard et en montre quelques inédits. Témoignage à la fois bienveillant et militant autour de très jeunes filles à l’oree de l’âge adulte : déterminées et drôles.

Pentti Sammallahti : là aussi beaucoup d’humour et de bienveillance avec une précision extraordinaire . Galerie Caméra Obscura

La grande poésie de Denis Roche à la galerie Les Douches et pour finir admirer la précision vibrante d’un daguerreotype ancien.
The Gaze of Caroline d’Esneval
Les photographies et sculptures de Lorenzo Vitturi portent les couleurs chaleureuses des tissus Péruviens. Il nous raconte l’histoire familiale de son père Vénitien, parti au Pérou avec le projet fou d’ouvrir une fabrique de verre comme à Murano. Il y rencontre sa femme et s’y établit quelques temps. L’artiste réunit dans ses oeuvres la chaleur des sables et l’éclat des couleurs du Pérou avec les brillantes perles de verre vénitiennes.

The Gaze of Bruno Soulié
Cette photo de Saul Leiter suggère le dépassement, une sorte de relâchement par rapport à soi et le monde. La lumière et le soleil sont de concert pour éclairer le sujet, le paysage avec cette traversée noire qui fend l’image comme une grande bissectrice. On reconnaît l’art dans la mise en scène du regard du photographe sur une série « Ana » prise en 1958 en Virginie un jour d’été ou d’une autre saison. Nous sommes ailleurs et partout.

The Gaze of Thibaut Le Maire
Dire non – Sans colère -Un pas de côté, et le monde devient clair – Sous le tumulte, un cœur debout. Dire non c’est écouter le vent – Ne pas fuir, juste rester vrai



PARIS PHOTO 2025
Jusqu’au 16 novembre 2025, 13h-19h
Grand Palais
3 avenue du Général Eisenhower
75008 Paris
France



