Ecole des Filles

Destination Huelgoat

Destination Bretagne dans les Monts d’Arrée, un lieu mystérieux, chaos Rabelaisien où Gargantua aurait paraît-il, lancé des galets géants dans la forêt, il s’agit du Huelgoat, dans le centre du Finistère. André Breton aimait beaucoup y passer, passionné par la forêt de Brocéliande, il s’installait au Grand Hôtel d’Angleterre où il rencontre le poète, critique d’art Alain Jouffroy. Merci pour l’info Alain Séchas !

Huelgoat – Finistère

A l’Ecole des Filles – Rendez-vous

Sur place, un rendez-vous d’art contemporain reconnu, et dont le 10ème anniversaire est célébré (depuis 2009), est situé dans une ancienne Ecole des Filles, transformée par la galériste parisienne Françoise Livinec en lieu d’exposition, rencontres littéraires, librairie.
Bref un large champ culturel s’offre à nous dans cette Ecole ouverte aux beaux jours bretons !

Eté des 13 dimanches

Toute la saison estivale, il est possible de venir écouter des écrivains, artistes, conservateurs, philosophes, sociologues… c’est l’été des 13 dimanches (et samedi). Eric Orsenna, Marjane Satrapi, Mona Ozouf, marraine de l’évènement… échangent avec les visiteurs à ces occasions.

Les galets géants de Gargantua !

Victor Ségalen

Le Huelgoat c’est aussi le lieu de la mort mystérieuse de Victor Ségalen, il y a 100 ans, il avait 41 ans, à ses pieds « Hamlet » de Shakespeare et une photo de sa femme. Cette année au printemps, l’Ecole des Filles lui a rendu hommage particulier.

Une exposition

A notre arrivée nous sommes accueillis par Antoine qui nous fait une visite passionnante, 1500 m2 d’exposition. Beaucoup d’artistes présents ont un lien très fort avec le lieu, coréens, américains, bretons… mais pas seulement ! s’inspirent de la région, les forêts, la mer, les rochers sont des éléments qui ont toujours plu aux artistes venus se réfugier sur les côtes bretonnes « Armor » ou l’intérieur des terres « Argoat ».

Armor / Argoat

Entre Terre et Mer est ce qui définit le mieux la Bretagne, presqu’île ou extrémité du bout du monde, dont Michelet écrivait, dans son « Tableau de la France », « la France, au contraire, adossée à ses provinces de langue germanique (Lorraine et Alsace), oppose un front celtique à l’Angleterre. Chaque pays se montre à l’autre par ce qu’il a de plus hostile. »

Elles … émancipation – République – un peu d’histoire

Le lieu n’est pas anodin et sa création s’inscrit dans la continuité d’un histoire et d’une tradition. En ce sens, il s’agit de poursuivre l’acte militant des fondateurs de cette école communale, publique, réservée aux jeunes filles des campagnes avoisinantes, à un moment où la République souhaite combattre le monopole de l’Eglise dans la société, et en particulier chez les femmes, largement soumises, selon le point de vue masculin, à l’emprise du religieux. L’école des filles est la création, en 1910, au coeur du centre Finistère, dans les monts d’Arrée, d’un creuset d’émancipation des femmes bretonnes en milieu rural. « L’école des filles » du XXIème siècle s’inscrit aussi dans cette boucle de la geste militante de la libération des femmes. Un dernier mot sur la gouvernance originale du lieu qui hybride les financements publics et les soutiens privés : l’association « l’Ecole des filles », reconnue d’utilité publique, est propriétaire des lieux, ce qui permet de faire appel aux financements publics comme au mécénat ; la galerie de Françoise Livinec anime les lieux et fait dialoguer les artistes, les intervenants et les décors dans un joyeux mélange des époques et des disciplines.

Laurana Gouzerh. Maquette du « Musée Faux » Au fond à gauche / François Dilasser (1926-2012) Chute d’Icare, 1988 et à droite Loic Le Groumellec laque sur toile

Dans la première salle je retrouve une oeuvre de François Dilasser, artiste disparu il y a peu et vivant à Lesneven. A côté c’est une toile laquée de Loic Le Groumellec qui trouve son inspiration dans les mégalithes du Cairn de Gavrinis (Morbihan), il s’attache à leur côté sacré, aux traces et signes millénaires repérés qu’il reproduit sur ses « reposoirs » et qui ont fait l’objet d’une exposition à la galerie Karsten Greve « Les Reposoirs de la procession ».

Loïc Le Groumellec (né en 1957) « Reposoir » 2019 Bois et huile sur toile

Arts convergences, création et santé mentale

Au premier plan, je suis intriguée par la maquette de Laurana Gouzerh, qui représente son Musée faux, musée imaginaire, tout y est signalétique, tableaux, sculptures, textes explicatifs, une visite en miniature à faire. Cette oeuvre a « emballé » au sens propre Françoise Livinec qui visitait l’exposition Visions à la Mairie du 1er arrondissement à Paris organisée par l’association Arts Convergences (www.artsconvergences.com), dont le but est de présenter des artistes souffrant de maladies psychiques. L’intérêt pour la création artistique et la santé mentale a d’ailleurs conduit « l’Ecole des filles » à organiser le forum « L’art à la folie » (6-9 juin 2019) avec le soutien de la fondation entreprendre pour aider, en explorant la dynamique entre l’art et la thérapie.

Informations et contact :  association@artsconvergences.com // 06 20 50 45 80

Nouvelle découverte celle de Zuka, amie de Joan Mitchell, américaine qui décide de s’installer en France « pour gagner en culture » et suit les cours de l’Atelier La Grande Chaumière. Epouse du caricaturiste Tim, elle a tendance à rester dans son ombre, ce qui est souvent le destin des artistes femmes dans les couples d’artistes du 20ème siècle (voir à ce propos la belle exposition « Couples modernes » du Centre Pompidou-Metz). Ses portraits, d’hommes et surtout de femmes, la part souvent oubliée de la Révolution Française en 1988 à la Fondation Mona Bismarck lors de la célébration du bicentenaire, ses découpages, sa peinture et surtout sa fantaisie me plaisent beaucoup, dans une des salles c’est un vrai troupeau de vaches qui est accroché aux murs. Peintures jubilatoires réalisées lors de son séjour dans le Morvan !

A l’étage je retrouve l’artiste coréenne, Bang Hai Javue au Musée Cernuschi qui lui a consacré une exposition dernièrement : « Et la matière devint lumière : Bang Hai Ja« . Elle achève en ce moment la réalisation des vitraux de la Cathédrale de Chartres, une commande très à propos pour l’artiste de la lumière !

Bang Hai Ja (née en 1937) Naissance de lumière, 2016, Pigments naturels sur papier de mûrier, 125 x 164 cm, Signé au dos

Supports/Surfaces, une femme qui compte ! Bernadette Bour, ses oeuvres « crayonnées à la machine » (à coudre) c’est elle qui le dit. Une expression abstraite attachante et innovante, le papier de soie est peint, découpé et cousu sur des toiles, dont l’expression la rapproche d’Aurélie Nemours par sa géométrie et sa pureté. Dans la collection permanente du musée national d’art moderne (MNAM), Bernadette Bour a vu son travail exposé par le centre Pompidou dans le cadre de la présentation thématique elles@centrepompidou, consacrée aux artiste femmes des XXème et XXIème siècles, artistes plasticiennes, designers, photographes, architectes, vidéastes, cinéastes ou performeuses.

Françoise Livinec devant une oeuvre de Bernadette Bour (née en 1939) Huile et papier de soie piqué sur toile libre,

Abstraction toujours avec Xavier Krebs, proche de Jean Degottex, une oeuvre imprégnée de ses voyages en Asie. Très inspiré par Victor Segalen, il lui a dédié son exposition à l’Ecole des Filles en 2009.

Xavier Krebs (1923-2013) Falaise 2007 Technique mixte sur toile. 100 X 120 cm

De la photo dans des musées :

Le musée Rodin vu la nuit par Patrick Hourcade, ancien directeur artistique de Vogue, proche de Karl Lagerfeld et auteur du ruban éphémère de Vaux le Vicomte. (voir article précédent : https://thegazeofaparisienne.com/2019/07/26/un-ete-a-vaux-le-vicomte/ )

Patrick Hourcade Andrieu d’Andres 2016 Tirage photographique contrecollé sur Dibond 60X45

Le musée du Louvre, le regard de la jeune nantaise Leah Desmousseaux sur un sarcophage égyptien qui a réalisé ce triptyque en ombre noire.

Leah Desmousseaux (née en 1996) L’horizon des évènements 2018 Photographie argentique, tirage piezographique sur papier washi. 53 X 234 cm

Vénus Bretonne… hommage à Botticelli

Notre visite se conclut par un détour par la librairie où est installée la bibliothèque du père de Mona Ouzouf, évoquée dans « Composition française » (2009), Yann Sohier, instituteur, journaliste et militant de la cause bretonne dans les années 30. Une magnifique Vénus anadyomède inspirée du modèle de Botticelli, nue mais avec une coiffe bigoudène, oeuvre de l’artiste belge Paul Masuir, s’élève fièrement sur le mur.

Edouard Vuillard et un peintre danois

Avant de quitter la magie des lieux, ne pas oublier de passer par l’ancien réfectoire, à la droite de l’entrée de la cour de l’école, qui conserve sur ses murs les neuf panneaux de la composition du peintre Sigurd Fredriksen. Ce peintre danois a réalisé ses peintures sur la vie quotidienne du pays Bigouden, sous la direction d’Edouard Vuillard : sa création (1934), dans le style figuratif et coloré des Nabis, a orné les murs de l’hôtel Thalamot à Beg-Meil et immergeait les touristes dans les paysages de la Cornouaille.

Florence Briat Soulié

Paul Masuir,

Info pratiques :

Y aller : Ecole des Filles 25 Rue du Pouly, 29690 Huelgoat

http://francoiselivinec.com/fr/ecoledesfilles/presentationecoledesfilles/0/ecole-des-filles

http://francoiselivinec.com/fr/ecoledesfilles/newsall/0/ete-des-13-dimanches?annee=2019

2 réflexions sur “Ecole des Filles

  1. Quel poste magnifique sur la Bretagne que j’aime tant! J’espère un jour passer par l’Ecole des Filles! Merci d’avoir rajouté un lieu pour ma longue liste d’envies de découvrir😘

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