Trois expositions à voir à la Collection Lambert

PAR BRUNO SOULIE

Notre Musée, une collection sentimentaleThomas Hirschhorn – Sas de contamination¡Viva Villa! Ce à quoi nous tenons

¡Viva Villa! – Vue de l’exposition

Il fait gris à Paris, vous souhaitez vous extirper de la broyeuse de la grande ville ? Il est temps de faire un tour à la Collection Lambert en Avignon. Une excursion artistique et gastronomique en Provence, dans la capitale du Lubéron, Avignon, en dehors des sentiers battus et des clichés de lavande à perte de vue de la saison 3 d’Emily in Paris.

Santibellis – Vierges de miséricode dites de Notre-Dame-des Victoires / de la Médaille Miraculeuse. plâtre ou terre cuite, fabrication Lévin Marseille, vers 1830-1850. Collection Hôtel Agar / Notre Musée, une collection sentimentale

La Collection Lambert innove avec une triple exposition : un nouvel accrochage de l’installation de Thomas Hirschhorn, « Sas de contamination », créé en 2000 lors de l’inauguration de la Collection, « Notre musée – une collection sentimentale » et « Viva Villa », une présentation des artistes résidents dans les trois résidences, Villa Médicis (Rome), Casa de Vélazquez (Madrid) et Villa Kujoyama (Kyoto). C’est donc à une visite sous les auspices du directeur artistique de la Collection, Stéphane Ibars, et du Président des Amis, Laurent Bourgois, que nous vous invitons.

Thomas Hirschhorn – Sas de contamination

L’installation de Thomas Hirschhorn est réellement déroutante. L’accès se fait par un long couloir gainé de chaînes, avec des objets fétiches de la société contemporaine, des images, des signes et ds objets du quotidien. Le visiteur est ainsi dans la peau de l’explorateur de l’univers de l‘artiste, qui est aussi celui du spectateur. L’installation tient un peu de la station orbitale de Solaris, le film de Tarkovsky, qui dévoile un monde qui est finalement le nôtre. Il est difficile de décrire le « Sas de contamination »,  tant il se visite et ne se raconte pas, au risque du récit littéral.

Le visiteur est d’abord ébloui par la virtuosité de l’artiste, dont l’installation est un miroir du monde et de nos sociétés, dans sa diversité, ses clichés, sa fabrique d’imaginaire ou ses inégalités sociales. Comme l’écrit Thomas Hirschhorn, le monde contamine l’art et l’art contamine la réalité. La réalité est d’ailleurs assez inesthétique : les artefacts présentés sont suffisamment laids pour se croire dans un univers très kitsch, tenant à la fois de Las Vegas et de notre univers quotidien, à la fois pauvre et abondant en biens matériels.

Cette juxtaposition dans l’installation est précisément aussi comme un miroir, une encyclopédie de notre culture matérielle. Thomas Hirschhorn enjambe littéralement art majeur et art populaire. Il paraît loin aujourd’hui le scandale provoqué par l’exposition de Kirk Varnedoe et Adam Gopnik au MoMa, « High and Low – Modern Art and Popular Culture » (1990). Cela faisait longtemps que les artistes s’étaient affranchis de ces distinctions académiques, depuis l’acte fondateur de Marcel Duchamp et son urinoir « Fontaine », ready-made de 1917.

L’installation de Thomas Hirschhorn est une immersion totale pour le spectateur, une odyssée dans la triste banalité, qui est aussi notre réalité, notre quotidien. Il n’y a rien d’héroïque dans ce voyage, nous ne sommes pas Ulysse mais ce rassemblement d’objets, hétéroclite et véritable patchwork sans unité, est un geste politique. Ce voyage immersif se fait dans un tunnel, comme une sorte de train fantôme de foire, avec un assemblage de matériaux communs, jetables et pauvres. Il y a quelque chose de l’Arte Povera mais sa portée est différente.

Tous les objets de la production de masse de notre quotidien sont recyclés, inscrits dans un cycle répétitif. Scotchs, rubans, cartons, contreplaqués, mannequins, néons, journaux, placards publicitaires, etc. Tous ces objets sont fixés par une chaîne qui parcourt l’installation. Le vocabulaire de Thomas Hirschhorn est celui de ces matériaux à faible prix, produits en masse, consommés en masse, dont l’usage s’est largement démocratisé.

Il n’y a aucun jugement de valeur dans cette installation ni aucune portée péjorative. Ces matériaux « parlent» pour eux-mêmes au plus grand nombre, d’où leur caractère profondément universel. Le travail de l’artiste donne à ces matériaux une seconde vie, une valeur d’usage bien supérieure à leur valeur intrinsèque. De ce point de vue, la démarche de l’artiste est très politique : ces matériaux sont le reflet des populations qui les utilisent dans leurs références quotidiennes. L’artiste s’inscrit ainsi dans une démarche évidente de démocratisation, d’inclusion sociale et d’accessibilité par ce miroir inversé. C’est le spectateur du musée, éclairé et éduqué, qui pénètre ainsi dans un « sas » de contamination, celui de l’univers du quotidien, celui des objets à faible coût, souvent recyclés et dont la pauvreté est largement compensée par sa valeur d’usage pour celui qui regarde mais aussi pour celui qui l’utilise comme objet décoratif, objet de consommation ou objet du quotidien.

Le Sas de contamination de Thomas Hirschhorn est la prolongement naturel de l’exposition  Les Choses (cf. article précédent) de Laurence Bertrand-Dorléac, où l’installation aurait eu toute sa place.

Notre Musée, une collection sentimentale

Vue de l’exposition : Objet 35 : Haltère, 2017. Jean-Christophe R. Haltère en métal offerte par Hubert Duprat, artiste. Objet 43 : Encyclopédie féminine, 1969. Ophélie B. ouvrage de 510 pages pour apprendre les techniques de coutures, de tricot, de crochet… Objet 56 : Cloche Charles de Gaulle, 1975. Florence T. Rocardiens convaincus, socialistes de la première et dernière heure, les parents de Florence T. avaient pour habitude d’agiter la cloche pour mobiliser la fraterie lors des repasde famille. Sonner les cloches du Général, était à la fois un geste joyeux de rassemblement teintée d’ironie politique.

Dans cette même lignée que la geste artistique et politique de l’artiste suisse, le travail réalisé par la collection Lambert avec des personnes en situation de précarité, dans l’exposition « Notre Musée – une collection sentimentale » renoue avec l’origine de la démarche muséale : c’est d’abord une collection de l’intime et du sentiment, dans l’esprit du cabinet de curiosités de la Renaissance. L’exposition organise ainsi un dialogue, non pas entre les civilisations, à l’image du musée imaginaire d’André Malraux, mais entre la collection Lambert et les objets personnels de personnes en fragilité sociale.

Ainsi présentée, la démarche pourrait faire croire au dévoiement mal compris du paternalisme social ou du patronage. L’ambition est différente et elle ne vise pas à se donner bonne conscience mais à inclure dans un projet curatorial des personnes éloignées du champ artistique et culturel. Les acteurs et les partenaires du projet  C’est pas du luxe !, l’artiste Mohamed El Khatib et les équipes de la Collection Lambert se sont engagés dans la réalisation d’une exposition d’un genre nouveau. Chaque participant a été invité à exposer un objet fétiche, un « bibelot » chargé de sa symbolique, une sorte d’amulette, pour témoigner d’une vie « ordinaire » en ce qu’elle échappe à la mémorialisation.

Rei NAITO (née en 1961 à Hiroshima, Japon)- Pillow for the Dead, 1997-1998. organza de soie et fil. donation Yvon Lambert à l’Etat français / Centre national des arts plastiques / Dépôt à la Collection Lambert.

Chacun a ensuite participé à la construction de l’exposition, en tant que co-commissaires, pour identifier, dans la Collection Lambert, l’œuvre, l’objet d’art, qui entre en résonance avec son itinéraire, dialogue avec son objet–totem. Il n’y a rien de voyeuriste dans cette exposition : au contraire, chaque objet se révèle tel qu’en lui-même, chargé de sens, en miroir avec l’objet d’art de la Collection. Le dialogue n’en est que plus saisissant et montre à quel point la démarche artistique et la démarche d’une vie « ordinaire », souvent blessée, abîmée, entrent toutes les deux en résonance. Le parcours du visiteur n’en est que plus émouvant, qui redécouvre ou déconstruit, avec ce nouveau regard, la collection.

« Oasis » de Zilvinas Kempinas (2008) cohabite ainsi avec un radio-cassette de Mohamed EK., objet sentimental et seul héritage subsistant de sa mère, avec une cassette d’Oum Khaltoum,  Enta Omri (C’est ma Vie ou Prends ma vie). Les sabots hollandais de Jean-Michel Basquiat racontent leur histoire : offertes à Yvon Lambert, cette paire de sabots « graffés » par Basquiat, offerte à Yvon Lambert pour s’excuser de son absence un jour où le galeriste l’avait supplié d’être présent. Ce dernier s’inquiétait, tandis que l’artiste faisait du tourisme à Amsterdam… Un geste amical. En regard, les « galoches » familiales de la collection intime de Bernie Marie. La mise en abyme des moules pour sujets d’église de la collection de l’Hôtel Agar avec la Madonne de Laure D. (1987), Vierge naïve, exposée sous cloche conduit à s’interroger sur la sacralisation rendue possible par les scénographies d’exposition.

Cette approche revisite les fondements du champ social dans la sphère muséale. Les institutions culturelles structurent leur politique d’accès à la culture et de démocratisation en s’appuyant sur les relais du champ social. La Collection Lambert innove en proposant aux publics en situation d’exclusion d’être des acteurs de leur exposition. La question sociale ne trouve plus seulement sa réponse dans les prix d’entrée ou le recours à la médiation et aux travailleurs sociaux pour éviter la stigmatisation dans le franchissement des barrières culturelles.

Le projet est parti d’un appel à candidatures adressé à différents organismes sociaux (maisons d’hébergement, pensions de famille et autres associations de lutte contre les exclusions) participant au festival « C’est pas du luxe ! » dans le but de recruter, parmi les personnes prises en charge, les futurs commissaires de cette exposition inédite. Un groupe d’une quinzaine de personnes — hommes et femmes hébergés, travailleurs sociaux œuvrant quotidiennement à leurs côtés — constitue depuis un an, aux côtés des curateurs de la Collection Lambert, l’équipe de l’exposition. Ainsi chacun a été appelé à présenter un objet intime destiné à entrer en dialogue avec un objet de la Collection, choisi conjointement avec les commissaires associés de l’exposition. La Collection Lambert reçoit ainsi un autre regard qui permet à chacun de s’approprier une collection patrimoniale, souvent en écho à leur parcours intime.

¡Viva Villa! Ce à quoi nous tenons

Au premier plan : Céline PELCÉ et Flore FALCINELLI. Dans l’enchaînement infini des choses, 2021-2022. Installation et enregistrement sonore de la performance activée de l’oeuvre au Japon. Villa Kujoyama. Flore Falcinelli / Résidence 2020-2021. Céline Pelcé /Résidence 2021
Au fond sur le mur : Rudy AYOUN. 3FI20-2, 2020. Huile sur toile. Casa de Vélázquez. résidence 2020-2021

Le dernier volet de l’exposition, construit comme un triptyque, est en apparence plus classique mais en apparence seulement. Il s’agit de présenter le travail des artistes en résidence dans les trois résidences artistiques, la Villa Médicis, la Casa de Vélazquez et la Villa Kujoyama. Créé en 2016, le festival  ¡Viva Villa!  est né d’une volonté commune de créer un rendez-vous régulier sous la forme d’une manifestation présentée en France et réunissant les artistes, créateurs et créatrices, chercheurs et chercheuses, accueillis dans ces trois institutions françaises situées à l’étranger. 

Apolonia SOKOI. Si vous n’aimez pas les étrangers, 2021-2022. Huile sur toile. Courtesy de l’artiste et THE PILL. Villa Médicis – Résidence 2020-2021.

La Collection Lambert inaugure la nouvelle formule. Il s’agit désormais d’une biennale qui expose le travail de deux promotions d’artistes, créateurs et chercheurs issus de chaque résidence, soit 71 créateurs dont 31 résidents de la Villa Médicis, 30 de la Casa de Velázquez à Madrid et 10 de la Villa Kujoyama à Kyoto. Pour cette édition pilote, l’exposition fait appel à Stéphane Ibars et Victorine Grataloup, commissaire sélectionnée à l’issue d’un appel à candidature international. Outre l’exposition, une programmation culturelle associée (films, concerts et spectacles vivants) rythme l’exposition qui a lieu jusqu’au 12 février 2023.

Le titre de l’exposition « Ce à quoi nous tenons », vient du livre de la philosophe écoféministe Emilie Hache citant John Dewey. Tous les mediums sont exploités, de la photographie, à la vidéo, à la gravure et la peinture. Le festival « ¡ Viva Villa! » cultive ainsi son ancrage résolument pluridisciplinaire et collectif en affichant son ambition de rendre visible les réalisations de la jeune scène artistique contemporaine, qui expérimente de nouvelles formes et de nouvelles interrogations dans ces ateliers hors les murs, à l’étranger. L’ambition de décloisonner les pratiques et les regards est manifeste : un vaste rétrospective de trois résidences artistiques, chacune immergée dans une tradition et un bain culturel différents, la Villa Médicis (Rome et l’Europe classique), la Casa de Velazquez (Madrid et les univers ibéro-américains) et la villa Kujoyama (le Japon, l’Asie, le monde indo-pacifique), au service d’une vision des différentes aires de création.

Maxime BIOU. Sans titre, 2022. huile et pigments sur toile. collection Edwart Vignot. Casa de Velázquez. Résidence 2021-2022.

Le titre de l’exposition montre à voir l’urgence de la question climatique et de l’habitabilité de notre planète. L’écologie occupe une place centrale dans cette édition, avec les féminismes, la question des luttes, et plus largement l’émergence de nouvelles expérimentations morales et politiques. La question de l’hospitalité (celle des artistes accueillis en résidence, celle des publics des institutions culturelles et celle des migrants) est également au cœur du projet artistique.

Il ne faut pas nécessairement rechercher la cohérence entre les œuvres exposées : la structure thématique est organisée autour de quatre têtes de chapitres, échos des préoccupations contemporaines des artistes et des curateurs. « Savoir si nous pouvons cohabiter » traite de l’intime, « Rouvrir la question des moyens et des fins » aborde la notion de l’exploitation des ressources. « Prendre en compte les voix qui manquent à l’appel » occupe les premières salles et s’ouvre sur la belle tapisserie Encounter III (2022) de Xie Lei, résident à la Casa de Velazquez en 2020 et 2021.  Une histoire commune s’intéresse à l’architecture et la scénographie. Dans cette séquence, le visiteur est frappé par le studiolo de Jacques Julien. Réduisant son atelier de la Villa Médicis aux dimensions d’une maquette, le visiteur plonge dans un décor à taille réduite, où apparaissent les jouets de son fils, ses travaux artistiques, ses sculptures anthropomorphes, à l’échelle de la main, qui peuplent l’atelier.

Jacques JULIEN. Studiolo et sculptures de la série « playground », 2021. Sculpture et bois. Avec l’aimable participation de Cookies pour Studiolo. Villa Médicis. résidence 2020-2021.

Le spectateur est ainsi dans l’attitude de « L’Homme qui rétrécit », le film de Jack Arnold (1957), où une maison miniature est construite pour le héros, où toute la familiarité de la vie domestique vole en éclat et devient monstrueuse du fait de son rétrécissement. Le grand nu « Sans titre » (2022) de Maxime Biou (Casa de Vélazquez–2021-2022) est impressionnant par son attitude alanguie et sensuelle, le corps est comme distendu et allongé, et se révèle à la source d’une grande sérénité, encore accentuée par les lumières zénithales de la salle d’exposition. Le travail de Maxime Biou est le reflet d’une longue maturation à l’atelier.

Nidhal CHAMEKH A gauche : Exil I, 2019, poudre de graphite, encres et transfert sur papier, structure métallique, 200 × 250cm – © Nidhal Chamekh – exposition NOVO, galerie Eduardo Secci Villa Médicis

L’installation de Charlie Aubry (Villa Médicis – 2021-2022) nous a également marqué. Cette installation a été réalisée avec les enfants de la micro-école Inspire de la Collection Lambert, autre expérience innovante, école immergée dans le musée et créée en partenariat avec l’Education nationale. L’installation est une machine à voir, fabriquée avec des objets de récupération, des « déchets » mais dont la valeur est liée à leur usage, sous le regard du prisme des enfants. Un TGV Jouef, des boîtes en carton, un lapin miniature, des paquets de chips Doritos ou de sucre Daddy, etc. autant d’objets du quotidien qui appartiennent au registre ludique ou culinaire de l’enfance, qui sont récupérés dans une sorte de « machine » à la Charlie Chaplin des Temps modernes. L’installation à la Tinguely fonctionne d‘ailleurs parfaitement. Sur le mur blanc, une inscription : « Pourquoi Doritos est plus grand que les humains ? » ou comment les objets deviennent un organisme et se personnifient. Assembler, récupérer, accumuler sont au cœur de la démarche de ce jeune artiste plasticien, ironique et goguenard sur notre époque, qui imagine les pires scénarios de notre présent et anime par sa création les objets jetés au rebut. Ce workshop avec les enfants de 8 ans de la micro-école est rafraîchissant : l’artiste parle autant à ces jeunes enfants, décrocheurs scolaires, scolarisés en CM1, qu’à des adultes éclairés, des publics à deux vitesses, comme la vie et la société. A l’issue de ce parcours, nous sommes impatients d’espérer découvrir un jour à la Collection Lambert les réalisations de cette nouvelle génération de résidences aux Etats-Unis, la Villa Albertine, lancée par le Quai d’Orsay avec l’Institut français.

Pour le déjeuner : restaurant La Violette – dans la cour de l’Hôtel de Caumont – Collection Lambert

Notre Musée, une collection sentimentale

jusqu’au 29 janvier 2023

Thomas Hirschhorn – Sas de contamination

jusqu’au 4 juin 2023

¡Viva Villa! Ce à quoi nous tenons

Biennale des résidences d’artistes 

jusqu’au 12 février 2023

Commissaires d’exposition : Victorine Grataloup, Stéphane Ibars

Graphisme : Léna Araguas et Alaric Garnier

La Collection Lambert
5, rue Violette – 84000 Avignon
t. +33 (0)4 90 16 56 21 ou +33 (0)4 90 16 56 13
information@collectionlambert.com
www.collectionlambert.com

Un commentaire

  • Bourgois

    Merci Bruno pour ce très bel et très juste article
    Rendez vous en Mars pour l exposition sur la donation d Yvon Lambert et la parution de l ouvrage qui lui est consacré

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