ArteBa, l’actualité de l’art argentin
The Gaze of Claudia Iturralde
Buenos Aires, ArteBa 2024
L’art contemporain argentin aujourd’hui se caractérise par une grande dynamique de production et une croissance remarquable. Le 1er septembre dernier a pris fin ArteBa, une foire d’art contemporain emblématique d’ Argentine à Buenos Aires qui, avec ses 33 années d’existence, nous montre le parcours de l’art argentin des années 1920 à nos jours et nous laisse entrevoir son évolution dans les années à venir.

Cette année, 65 galeristes ont participé à la foire, exposant des œuvres de plus de 400 artistes, offrant ainsi un aperçu d’une scène locale riche et intéressante, traversée par diverses questions qui nous incitent à la réflexion et nous permettent d’adopter un nouveau regard sur les problématiques abordées par l’art.
Quels sont les enjeux et les chemins empruntés par l’art contemporain ? Quelles formes de vision et de perception nous propose-t-il ?
À mon avis, l’édition 2024 de la foire reflète la manière dont l’art argentin se présente au Monde et comment celui-ci l’accueille, tout en respectant l’idée de renforcer la présence des galeries nationales, plutôt que d’augmenter l’offre de galeries internationales dans le but d’internationaliser la foire.
Cette stratégie a porté ses fruits, car plusieurs musées étrangers se sont montrés désireux d’acquérir des œuvres d’artistes argentins pour leurs collections. C’est le cas du Guggenheim, qui a acquis une œuvre de Santiago García Saenz (https://hachegaleria.com), du Musée d’art contemporain de San Diego, qui a acheté des œuvres de Marcelo Brodsky et Fernando Bryce (https://rolfart.com.ar), et du Musée Reina Sofía, qui a acquis une œuvre d’Alfredo Loindaibere (https://norafisch.com), parmi de nombreuses autres transactions, ce qui nous permet de mesurer l’intérêt croissant que la scène artistique locale suscite dans le monde.

Bien que la majorité des artistes participant à la foire soient argentins, on a également pu découvrir des œuvres d’artistes chiliens, péruviens et colombiens, avec des œuvres d’art latino-américain de plusieurs époque.
Le fait d’analyser les artistes selon leurs années de création nous permet de marquer un jalon avec le 100e anniversaire de l’une des galeries les plus emblématiques, la galerie Van Riel, qui reste active et représente l’opportunité d’inclure des œuvres historiques, telles que celles d’Emilio Pettoruti, exposées aujourd’hui chez Roldán Moderno (photo).

Emilio Pettoruti (1892-1971).
La casa del poeta II.
Huille sur toile, 1934
Nous avons trouvé à la foire des représentants de l’art concret et de l’art Madí, avec des œuvres de Giulia Kosice à la galerie MC (https://mcmcgaleria.com), le Musée d’Art Latino-Américain de Buenos Aires (MALBA) présente ces jours-ci une exposition hommage de ses oeuvres à l’occasion du centenaire de sa naissance. Kosice se demandait si le grand objectif de la vie était d’atteindre la cité spatiale, et transposait cette réflexion dans son œuvre, une invitation à explorer l’espace. Cette question demeure pertinente et continue encore aujourd’hui à nous interpeller.

Les années 60 sont également représentées dans la foire par une œuvre d’Emilio Renart (1925 – 1991), il est également présent dans les collections du MALBA (Musée d’Art Latino-Américain de Buenos Aires ).
On peut également retrouver Renart au Musée de La Plata avec ses œuvres cosmiques et spirales, qui posent des questions toujours d’actualité quant à l’incertitude de notre existence.
C’est au tour des années 70 représentées par des artistes du mouvement connu sous le nom de la Nouvelle Figuration, avec des artistes tels que Macció, De la Vega, Noé et Deira, tous exposés à la galerie María Calcaterra.
La Nouvelle Figuration, mouvement intégré par Rómulo Macció (1931-2016), Ernesto Deira (1928-1986), Jorge de la Vega (1930-1971) et Luis Felipe Noé (1933), est une appellation que les quatre artistes ont reçue de la part des critiques, mais qu’ils n’ont cependant jamais utilisée comme nom de groupe. Ce groupe a réalisé des expositions entre 1962 et 1965. Sous cette dénomination, ils ont produit un vaste répertoire plastique très varié, marqué par la liberté, la vitalité, la démesure, le déséquilibre, l’incertitude et le chaos.

Rómulo Macció (1931-2016). Autorretrato.
Huile sur toile, 1965
Un autre artiste emblématique de ces années est Nicolás García Uriburu, qui a représenté l’Argentine à la Biennale de Venise en 1968 avec des œuvres telles que la teinture du Grand Canal en vert phosphorescent, une performance qui déjà interpelait les visiteurs sur les enjeux écologiques. Cet appel précurseur, en avance sur son époque, est devenu une urgence aujourd’hui.

Nicolás García Uriburu (1937-2016).
Mapa Invertido.
Huile sur toile, 1997
Avec l’avènement des années 80 émerge la figure de Guillermo Kuitca (1961), peut-être l’artiste le plus emblématique de l’Argentine, qui présente dans cette édition de la foire une œuvre jamais exposée auparavant et qui est aujourd’hui montrée par la galerie Barro (https://www.barro.cc).

Beto de Volder (1962), artiste reconnu des années 80 et 90, est présent à la galerie Del Infinito (https://delinfinito.com) avec des sculptures aux courbes omniprésentes qui se déploient dans l’espace, mettant en lumière la réflexion toujours actuelle dans son œuvre sur l’importance transcendantale de la morphologie de la ligne.


Comme on peut le constater, l’Argentine est aujourd’hui traversée par des questions et préoccupations singulières et universelles, issues des manifestations artistiques que nous avons parcourues, et qui s’ajoutent à des questions contemporaines comme la diversité. Ces questions sont traversées par un ensemble très hétérogène de pratiques artistiques, proposant différents angles d’approche pour tenter de comprendre les conflits, réalités et sociétés actuels, ce qui revient à tenter de comprendre l’être humain.



