Annette Messager au musée de la chasse et de la nature
Une hirondelle ne fait pas le printemps
Passion, contes cruels, fantasmagories, Annette Messager est au musée de la chasse et de la nature et nous propose cette nouvelle exposition Une hirondelle ne fait pas le printemps. Dans ce faux-semblant de carphanaum, Annette Messager nous invite à explorer son univers, un cabinet de curiosités regorgeant de surprises. Un nouveau Carnaval des animaux, une chasse au trésor sur la totalité des étages comme indiqué dans un de ses rébus « Chat seau 13 or ». Ses installations, aux côtés des animaux naturalisés, des trophées, des peintures de chasse et des sculptures, créent une atmosphère singulière dans ces deux beaux hôtels particuliers Guénégaud et Mongelas des XVIIe et XVIIIe siècles, somptueusement meublés et situés rue des Archives.

Annette Messager est née en 1943 à Berck et garde un souvenir heureux de son enfance, des grandes plages du nord avec les blockhaus, vestiges de la guerre, où elle jouait souvent. Elle conserve dans sa mémoire ses conversations sur l’art avec son père architecte qui l’a sans aucun doute inspirée. Jeune fille, en regardant des livres d’art, et en découvrant Picasso, elle avait annoncé « moi je serai Picasso femme ». -Extrait du podcast Le goût de M


Cela faisait un certain temps que nous attendions une exposition consacrée à cette artiste. Alice Gandin, directrice du musée, en prenant ses fonctions, il y a un an a songé très vite à Annette Messager et a confié le commissariat à Colin Lemoine qui a plusieurs casquettes en plus de celle de directeur artistique, il est aussi écrivain, éditeur et critique d’art. Une entente très harmonieuse s’est vite forgée entre lui et l’artiste.

« Dit autrement, cette exposition polysémique explore la sauvagerie des pulsions et l’ambiguïté des passions, nos manières animales et, symétriquement, la grâce des animaux. »
–Colin Lemoine.
Artiste protéïforme, elle dessine, sculpte, peint, tricote, joue avec les mots, compose avec toutes sortes d’objets qu’elle détourne à son aise dans son atelier de Malakoff. Des petits mots partout sur les murs, dans les vitrines comme Les Qualificatifs donnés aux femmes, avec des noms d’animaux « mon agneau, ma guenon, mon poussin, mon lapin… ». Des mots encore sur la pancarte qu’elle accroche sur ce grand ours polaire qui nous accueille à l’entrée « il ne faut pas vendre la peau de l’ours ». Cet ours est une commande de François Sommer, fondateur du musée, il a été chassé et taxidermisé et installé pour l’éternité dans les lieux.
« Oui, nous savons qu’un ours blanc est cher, surtout s’il est monté en entier. Toutefois nous estimons qu’il sera nécessaire pour notre Musée d’en avoir un car c’est un animal très attractif pour le public ». – lettre de François Sommer du 23 février 1970 à Georges W. Larose

L’exposition est construite en 16 chapitres comme dans un livre avec à chaque fois un texte et reprend l’idée des salles qui portent toutes un nom, le chapitre de La salle du sanglier porte le titre de « L’enfance de l’art », celui de La salle du cerf et du loup est « Sous-bois et pulsions » et ainsi de suite. Les oeuvres à la fois historiques et emblématiques des années 70, 80, 90 et d’autres récentes se sont imposées très naturellement. La fable commence dans cette salle réservée aux expositions temporaires, vide d’objets des collections du musée, avec ce premier chapitre « Le Théâtre de la cruauté », le commissaire a fait le choix d’y présenter des installations La revanche des animaux, , 2019-2021 et L’Opération de 2011.

Courtesy Annette Messager c¼nd Marian Goodman Gallery
J’ai tendance à croire en terminant cette exposition que nous regardons les bêtes mais peut-être qu’au fond les animaux nous regardent. La grande ménagerie humaine que nous formons, est sous l’oeil des animaux, de leur voracité de leur beauté, de leur sauvagerie et de leur liberté et cette Opération est une sorte de césarienne joyeuse, un grand lapin qui enfante des oeuvres versicolores, des peluches… » – Colin Lemoine
Le ton est donné, le visiteur risque d’être surpris par ces animaux étranges qui nous parodient, tous droits sortis de l’imaginaire cruel des contes de l’enfance à la lisière d’Alice au Pays des merveilles et du Petit Poucet perdu dans une forêt . On se met à suivre les escargots qu’elle affectionne pour leurs qualités hermaphrodites et porteur de leur maison. L’artiste casse ses jouets les reconstruit à sa manière, joue avec nous, dessine ses rébus…

Tendresse, tristesse, humour, noirceur on se perd, on s’interroge et cela semble plaire à l’artiste qui déclare dans une interview :
« Je pense qu’il vaut mieux poser des questions que donner des réponses. Et que l’art est fait pour poser des questions. »
– Annette Messager

Musée de la Chasse et de la Nature
« Une hirondelle ne fait pas le printemps » | Annette Messager
14 avril – 20 septembre 2026
62 rue des Archives 75003 Paris
Tél. 01 53 01 92 40 musee@fondationfrancois sommer.org
Exposition réalisée avec le concours d’Annette Messager, de la Galerie Marian Goodman Paris, de Sèvres – Manufcature et Musée nationaux
Commissaire de l’expsoiton : Colin Lemoine
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