Si j’évoquais Cologne ? …
The Gaze of EVELYNE JACQZ-AIGRAIN
À trois heures de train de Paris, pour un week-end.
Vous pensez immédiatement, à sa cathédrale et en particulier à sa fine silhouette noire et ses deux tours élancées. La construction de la cathédrale de Cologne, débutée en 1248, devient basilique mineure en 1322 lors de sa consécration par l’Archevèque Henri II de Virneburg. Sa construction durera sept siècles et ne sera achevée qu’en 1880. Il s’agit d’un chef d’œuvre de l’architecture gothique allemande, respectant un plan en croix latine,

Durant la seconde guerre mondiale, les vitraux d’époque médiévale ont pour la plupart été démontés et mis à l’abri. Les tours bien visibles dans un ciel de guerre ont permis aux aviateurs anglais d’éviter sa destruction totale. Les dégâts, cependant importants, ont été immortalisés par Lee Miller (cf article précédent) et donnent encore lieu à de régulières campagnes de restauration. La cathédrale se dresse au bord du Rhin, grande silhouette noire dominant la ville, présentant une façade imposante ornée de nombreuses sculptures et vitraux, encadrée des deux grandes tours jumelles, décorée de multiples sculptures, gargouilles et chimères.

Un portail central, le plus grand des trois portails de la façade permet d’y entrer et la première impression est celle de clarté et d’immensité. Parmi le grand nombre de chefs-d’œuvre que recèle la Cathédrale, vous pourrez admirer le Crucifix de Géro datant de la fin du Xe siècle ornant la chapelle du Saint-Sacrement, l’Autel des Rois Mages (1180-1225) le plus grand autel reliquaire d’Europe, les vitraux anciens très colorés et surtout, les vitraux de Gerhard Richter mis en place en 2007 dans le transept sud, composés de plus de 10 000 petits carrés de verre de 74 couleurs différentes se mariant parfaitement aux couleurs des vitraux anciens,.
A quelques pas, le Musée Ludwig
A quelques pas de la cathédrale, le musée Ludwig, de gré rouge et de zinc a été inauguré en 1986. Il est construit de manière stratégique entre la cathédrale et le Rhin, que l’on peut admirer des terrasses du 1er étage.

La collection d’art contemporain, de pop art et de photographies est d’une richesse remarquable. Les œuvres sont exposées dans de vastes espaces blancs baignés de lumière naturelle. Vous pourrez admirer la très importante collection de Picasso dont « Les mangeurs de pastèque, Le baiser ou Le mousquetaire à l‘épée ».


Mais aussi les principaux peintres expressionnistes allemands dont Max Beckmann et Otto Dix et de magnifiques œuvres des plus grands surréalistes : Magritte, Miro, Dali, Ernst et son fameux tableau Au rendez-vous des amis (1922) présentant les grands peintres surréalistes rencontrés à Paris dans les années 20, et y incluant, plus surréaliste encore … Dostoievski et Raphael. Le musée présente aussi Bacon, rattaché à la période surréaliste avec le tableau Painting 46 (1971).
Le Wallraf-Richartz museum expose une collection très riche de tableaux de la période médiévale. Parmi mes nombreuses découvertes, la Madonna in the rose bower, assise et tenant dans ses bras le christ enfant, est une des trois « Madonnas of Humility » peinte par Stephan Lochner (vers 1410-1451). Sa tête est entourée d’un halo d’or représentant le cycle de la lune et interprété comme une représentation du lien entre astronomie et théologie.

Huile sur panneau. 50,2 × 39,6 cm
Un peu plus avant, un magnifique auto-portrait de Rembrandt ainsi que le « Portrait d’un savant » (1644), puis quelques Bruegel, dont « Le Mariage Paysan» de Bruegel l’Ancien qui avec « La Danse Paysanne» et « Les Moissonneurs » raconte les coutumes et fêtes rurales avec un soin extraordinaire du détail.

Y sont associés plusieurs peintres faisant partie de l’Ecole Flamande, dont Jan van Eyck et Hieronymus Bosch. La visite se poursuit par de nombreux autres chefs d’œuvre (Melancoly – Edvard Munch, Nénuphars – Claude Monet, Danseuses – Degas..), impossible de les citer tous.

vers 1668. Huile sur toile, 82,5 x 65 cm.
Quittons le quartier Altstadt pour marcher dans Cologne.
La ville n’est pas réellement belle. Détruite quasi-complétement pendant la seconde guerre mondiale, seules quelques maisons offrent des frontons sculptés ou des pans de pierre incrustés dans des façades récentes.
La Kolumba

La Kolumba en est un exemple : bâtiment présentant une grande façade blanche intégrant une chapelle et les vestiges de l’église Sainte Colombe (Kolumba), conçu par Peter Zumthor et inauguré en 2007. La Kolumba contient une grande collection d’art religieux proposée sans chronologie et couvrant plus de 2000 ans: un christ en ivoire très finement sculpté du XIIème siècle exposé dans une ambiance claire obscure propre à la méditation mais aussi des œuvres contemporaines d’Andy Wharol ou de Louise Bourgeois, qui sont présentées « comme dialoguant avec les oeuvres religieuses ».
Les églises sont multiples, éparpillées dans la ville : Saint Andreas, Saint Aposteln, Saint Severin.. : leurs carillons, décalés volontairement ou non, de quelques dizaines de secondes sonnent chaque heure pendant de très longues minutes.
Stolperstein
Les trottoirs sont incrustés de « stolperstein ». Il existe plusieurs centaines de ces plaques commémoratives installées devant les dernières adresses « volontaires » connues des victimes du nazisme. Le mouvement à leur origine, très actif à Cologne dès 1992 a été étendu à de nombreuses villes d’Europe, dont Paris.

Les trois Kranhauser
Plusieurs promenades le long du Rhin sont intéressantes. L’une d’elles vous permettra de découvrir les trois Kranhauser ou immeubles en forme de grues portuaires, situées dans une zone initialement industrielle de la ville, devenue dès le début de leur construction en 2006 un quartier moderne et chic.
Les environs de Cologne : Brülh, la ville de Max Ernst
Vous pouvez aussi découvrir les environs de Cologne et surtout Brülh, après à peine une demi-heure de train.

A votre arrivée à la gare, traversez les jardins pour rejoindre le château de Brülh, composé du château d’Augustusburg et du pavillon de Falkenlust, dont la construction débute en 1725 à la demande de Clement-Auguste de Bavière. Ce château est de pur style rococo avec dorures, peintures et fresques. En particulier, une entrée couverte où les invités descendaient de leur carrosse à l’abri de la pluie ou du soleil. Ils gravissaient alors un immense escalier d’honneur desservant un palier intermédiaire se divisant en deux escaliers latéraux symétriques revenant sur eux-mêmes pour desservir l’étage supérieur … le tout décoré de colonnes de marbre, de rampes d’or et de peintures murales…

Vous pourrez ensuite admirer de magnifiques poèles en faïence dans les pièces de réception (notamment un couleur bleu de Delft et un tout en dorures) que les domestiques chargeaient par le couloir pour chauffer la pièce « sans déranger les invités de l’Archevêque ». Dans la salle à manger d’été, là encore toute tapissée de carreaux de Delft, la table centrale surmontée d’un immense lustre de cristal et en son milieu une fontaine de faïence, innovante pour l’époque car l’eau fraîche y circulait en continu pour rafraichir la pièce lors des chaudes journées d’été.
Un peu plus loin, le musée Max Ernst

Il suffit juste de traverser le jardin pour découvrir le musée dédié à Max Ernst, né à Brülh. Il présente de très nombreuses œuvres de l’artiste, – peintures, sculptures, collages, photos – illustrant notamment sa participation active au mouvement surréaliste à Paris. L’entrée est dominée par la monumentale sculpture Capricorne, et de nombreux petits masques ou sculptures très poétiques de bronze ou de pierre.


De retour à Cologne, nous n’avons pas réellement exploré la gastronomie locale, mais modestement diné de die wurst / frites, installés sur les longues tables d’hôtes de deux bar-restaurants. La bière y coule à flots…Vous pourrez sûrement faire mieux…



