Twombly : la belle image

 

Par Anne Lesage

Dès le premier regard, car tout est résumé dans cet instant sans que l’on puisse y faire grand-chose, ni savoir pourquoi, l’œuvre de Twombly submerge. Certains effrayés par cette puissance la repousseront tandis que d’autres, fascinés s’y complairont. C’est assez rare pour être souligné, il n’existe pas de demi-mesure tant tout ce qui émane de cet artiste est accompli, entier. Fébrilement.

Cy Twombly
Centre Pompidou

Pour ce qui est des photographies, c’est leur aspect éminemment pictural qui fascine. En témoigne l’intéressante série des Cédrats pris à Gaète montrés dans l’exposition rétrospective consacrée à Cy Twombly au Centre Georges Pompidou. Pour l’artiste, une image ne peut se faire attendre et comme en peinture, la spontanéité qui cette fois jaillit du polaroïd est forcément le résultat d’un long cheminement intellectuel et contemplatif. L’évanescence non seulement du sujet mais de la prise de vue, n’est pas un obstacle ; bien au contraire elle conforte tout en le sublimant un « (…) Sentiment qui vient en même temps que l’oeuvre. (…) » (Twombly) . Une expérience de l’instantanéité. Loin du simple carnet de croquis ou d’une étape documentaire, la photographie est un médium plasticien pour l’artiste. D’ailleurs, afin de conserver ses polaroids et de les agrandir pour les exposer, il les re-photographie et ce n’est pas un hasard s’il les confie à la célèbre famille Fresson qui produit des tirages dont la texture et les pigments si intenses amplifient la touche volontairement pictorialiste de Cy Twombly.

Il faut être attentif à la démarche sensible qui a consisté pour Twombly à cultiver son jardin à Gaète, à le concevoir avec de multiples essences, fleurs et arbres -dont les fameux cédratiers -soigneusement sélectionnés aux quatre coins du monde puis à en photographier ou à en peindre les fruits, les fleurs avec le désir incessant de cette fameuse expérience : saisir en chacun leur délicate temporalité et rendre à leur fugacité, à leur fragilité une présence matérielle très forte. Par tous les moyens. Ainsi cet atelier où ce laboratoire à ciel ouvert en rappelle bien d’autres, plus anciens et entre autres ceux des peintres Monet et Caillebotte (eux-mêmes très intrigués par la photographie sans toutefois se l’être vraiment appropriée ) : même goût pour la sérialité, même progression vers le détail de l’objet lui conférant une identité quasi-abstraite. Si ce n’est que pour Twombly des références historiques et culturelles sont systématiquement « encapsulées » dans l’image pour nous rappeler que son sujet est le produit d’une succession d’évènements, de dramaturgies, de voyages, d’une longue histoire et en l’occurrence la période de l’Antiquité que l’artiste affectionne tout particulièrement : les cédratiers originaires d’Inde ne furent-ils pas rapportés dans le bassin méditerranéen par les grecs et les romains dès le 1er siècle ?

Cy Twombly
Centre Pompidou

La belle image que celle où se combinent tout aussi violemment qu’harmonieusement contemplation et ferveur… Comme une transe. En somme , pour reprendre les termes de Cy Twombly lui-même, on ne saurait « comment décrire cet état ».

Anne Lesage

Centre Pompidou

Jusqu’au 29 mars 2017

 

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