3 expos à Brest, au CAC Passerelle
Trois expositions à découvrir jusqu’au 14 septembre

Derrière cette façade, on n’imagine pas Passerelle, un des plus grands centres d’art de France à Brest, dans un bâtiment industriel construit juste après la guerre 1939-1945, selon la technique du béton précontraint développé par l’ingénieur Eugène Freyssinet. Le charme de ce style d’architecture est un parfait écrin pour l’art contemporain avec l’originalité des plafonds à décor de « cul de bouteille » qui diffusent la lumière… utilisé tour à tour par une coopérative, par La Léonarde, et comme hangar à bananes… Puis laissé à l’abandon, il est sauvé par des Brestois qui créent l’association « Passerelle » afin de créer un lieu qui accueillerait principalement le spectacle vivant, et décloisonnerait les expressions artistiques.

Quelques années plus tard, il y a un peu plus de trente ans, l’association confie les clés à la ville de Brest pour qu’elle poursuive sa mission éducative et culturelle. Le centre d’art contemporain (CAC) est ainsi créé. Labellisé depuis cinq ans « centre d’art contemporain d’intérêt national », Loïc Le Gall, commissaire d’exposition, critique d’art, après un passage au centre Georges Pompidou, dirige ce lieu de culture consacré à la peinture, la photo, la vidéo, les performances et les installations. Un lieu ouvert à Brest, la « ville blanche », la ville portuaire, vers les amateurs d’art, c’est aussi un outil de médiation auprès des enfants, des jeunes, des habitants des quartiers,…Passerelle avec ses 4 000m2 est juste idéal pour recevoir les expositions d’art contemporain. J’avais pu déjà voir les photographies de Nicolas Floc’h en 2021. En ce moment, jusqu’au 14 septembre, trois expositions sous le commissariat de Loïc Le Gall sont à voir et une jeune artiste est en résidence sur place.
📌Michele Ciacciofera « Condenser l’infini »
L’histoire de notre civilisation et la crise écologique sont les thèmes relevés par Michele Ciacciofera.


L’entrée en matière commence par les « Menhirs » de l’artiste, ses sculptures en matériaux recyclés, recouverts de collages, peinture, coupures de presse avec des titres à lire au second degré, avec distanciation, comme Une génération enchantée, critique ironique de notre société de surconsommation . Son travail est aussi un hommage à l’Arte Povera (l’art pauvre), mouvement italien des années 60. Entre Bretagne et Sardaigne en passant par l’Ecosse et les Alpes, l’artiste italien protéiforme, est fasciné par l’art mégalithique, les menhirs, ces pierres levées vers le ciel, gardiennes de notre mémoire. Le spectateur est en plein dans les contes et légendes du pays du Léon , avec ce clin d’œil au célèbre artichaut de la région. Michele utilise aussi bien la céramique, la peinture, le verre soufflé avec cette installation Illusory Bodies, un champ de formes verticales et sphériques tout en transparence évoquant la terre et le ciel, à la fois mystique et poétique.

«La pierre est très importante, elle est l’origine, elle est archaïque, et une pierre est toujours vivante », explique Michele Ciac-ciofera. « Contrairement au verre, qui est un minéral, elle est en lien avec la lumière, et la lumière vient de l’intérieur, comme une sorte de spiritualité. »
Michele Ciacciofera
La deuxième partie de son exposition est consacrée à la peinture, Michele nous donne cette fois-ci, son interprétation de la théorie des Pathosformeln, de l’historien d’art Aby Warburg (1966-1929), selon laquelle, les images représentent les archétypes de notre inconscient collectif,. ici l’artiste se sert de détails de peintures iconiques de la Renaissance, les visages sont effacés, le regardeur grâce à ses souvenirs reconstruit de façon consciente ou inconsciente ces fragments. La visite continue, d’autres sections, d’autres totems et cette allusion au thème du « Guépard » de Giuseppe Lampedusa, magnifiquement réalisé par Visconti, en céramique, une référence aux racines siciliennes de l’artiste.

Michele Ciacciofera est représenté par la galerie Michel Rein.
A voir absolument avant le 14 septembre.
📌Han Bing « 7:77 »

Première exposition personnelle institutionnelle en Europe, Han Bing est représentée par la galerie Thaddaeus Ropac. L’artiste chinoise vit maintenant à Paris après Pékin, New-York, Los Angeles et Shanghai. Elle rapporte dans sa peinture des fragments de la ville, soit en les photographiant, soit juste en les gardant en mémoire. A ces morceaux de vie devenus invisibles pour les passants, elle leur offre à nouveau une place. Cela donne des compositions aléatoires, qu’elle « fait grandir », le terme qu’elle utilise pour parler de ses toiles. Son travail n’est pas sans rappeler les bretons Jacques Villeglé et Raymond Hains faisant partie du groupe des nouveaux réalistes des années 60. Le chiffre 7 du titre de l’exposition est un chiffre sacré et porte chance dans la culture chinoise.
📌 Amélie Caritey, artiste en résidence
Amélie Caritey, jeune artiste, après ses études à l’École européenne d’art de Bretagne a été sélectionnée comme artiste en résidence pour une période de six mois. Au cours de son séjour, elle explorera les thèmes de la nature et de la technologie, cherchant à fusionner les deux dans une œuvre d’art captivante. Sa résidence a offert également cette opportunités pour la communauté locale de s’engager dans des ateliers et des événements spéciaux dirigés par l’artiste, encourageant ainsi l’interaction et l’inspiration mutuelle. Née en Côte d’Ivoire, elle y a très peu vécu et n’y est retournée que deux fois, son dernier voyage a eu lieu juste avant cette résidence à Passerelle. Entre deux cultures, elle se dit « afropéenne ».

De son deuxième et dernier voyage en Côte d’Ivoire, elle a rapporté une série de photographies de maisons ou d’éléments architecturaux symbolisant sa quête d’un « chez soi », sur place elle y a appris la poterie, et s’inspire des motifs de moucharabieh. Ses vases rappellent des bustes féminins, ils ne sont pas lisses et laissent apparaître des fissures, comme si l’artiste cherchait à recoller les morceaux en se réappropriant cette culture ivoirienne. Amélie Caritey est l’illustration de la politique d’accueil de jeunes artistes de Passerelle en résidence. « Bonne arrivée chérie coco » a participé au programme Les Chantiers-Résidence porté par Passerelle et Documents d’Artistes Bretagne.
📌Juliette Dennemont

Et pour finir, je rencontre Juliette Dennemont en résidence sur place , un échange entre le centre d’art de La Réunion et celui de Brest. elle a vécu à La Réunion jusqu’à ses 18 ans avant de venir poursuivre ses études aux Beaux-Arts de Paris, d’une famille de forains, elle garde ce lien et s’en inspire dans son travail . Ses recherches à Brest sont dirigées vers l’histoire de la région, toute son iconologie, les pierres, les motifs que l’on retrouve aussi sur le chemin des enclos paroissiaux. Une restitution de sa résidence est prévue à Passerelle. A suivre…

INFORMATIONS :
A noter dans son agenda : mardi 10 sept. 2024 à 18h30 : Des œuvres… un verre à la main – Réserver ici
41, rue Charles Berthelot – 29200 Brest
Ouverture : du mardi au samedi de 14h à 18h30
Fermeture : les dimanches, lundis & jours férié



