Lectures d’été à emporter dans ses valises

MARIE SIMON MALET Illustrations Une & ci-dessus ©Marie Simon Malet

Les beaux jours, bientôt les vacances, le soleil, farniente, plage, campagne, montagne, ile déserte et surtout plus de temps pour ne rien faire ou lire ? Personnellement, quelques livres ne sont pas pour me déplaire. Ils me réjouissent et je suis toujours impatiente de découvrir ce que renferment leurs pages. Romans historiques, biographies,aventures, policiers, mémoires… Dans mes valises j’en ai rangé quelques uns, certains m’ont été donnés par des amis parce qu’ils les ont émus, le livre offert un peu comme un talisman ou le roman à lire absolument sur la plage sur sa chaise-longue ou à l’ombre du soleil dans son jardin, au choix, la bio offerte sur une artiste par une autre artiste, celui qui se lit en 30mn, si amusant et loufoque, son auteur était membre de l’Oulipo, celui plus sérieux sur les questions de société…Voici ma sélection que je vous propose, exception faite du premier de cette série estivale, proposé par Aude Langlois-Meurinne Charquet, celui d’un comédien, et pas n’importe lequel !

Une nuit dans un musée

Guillaume Gallienne

Le buveur de brume 

Stock, 2025

Le choix d’Aude Langlois-Meurinne Charquet

Invité en Géorgie à passer une nuit au Musée National de Tbilissi, avec le portrait de son arrière grand-mère, la princesse Mélita Cholokachvili, Guillaume Gallienne est accueilli finalement dans un musée secondaire. Plutôt qu’avec les tableaux dont il souhaitait se nourrir, c’est avec son histoire et son héritage géorgiens qu’il dialogue. Il dessine un portrait intime de ses proches : son arrière grand-mère, superbe muse au pays, exilée en 1922 ; sa grand-mère, Caï, sa complice, qui lui a donné « le goût de la lecture et des belles choses ». Elles l’ont aidé à se construire, avec le théâtre et la littérature, russe en particulier. Au long de son enfance marquée par des humiliations, une part de violence infligées dans sa famille et un manque de tendresse, l’auteur confesse se réfugier dans un imaginaire riche et des idéaux. C’est lors de ce voyage initiatique en Géorgie qu’il renonce bel et bien à ses rêves d’enfant, pour s’affirmer comme un homme amoureux et un comédien ambitieux, vivant et créant dans le quotidien et dans le présent. Un récit fait de franchise et teinté d’humour, émouvant et fort ; une réflexion sur ce dont on hérite. 

« Dans ce sang, il y a de la culture, de la curiosité, de la tenue et de la tendresse. Il y a du métissage, venu de contrées et de langues lointaines, il y a de l’exil, du courage, de la force et de la reconnaissance. » 

– Guillaume Gallienne, extrait

Suite de la sélection par Florence Briat Soulié

Michel Lévi

La couleur des étoiles

Editions l’Harmattan

Michel Lévi, nous raconte les destins croisés d’une prostituée danseuse fascinante d’Oran et celle d’un GI noir d’Asheville. Will, n’a plus que sa grand-mère, qu’il retrouve dans le Sud de la France, cette dernière, née à Oran va lui dévoiler un secret de famille. La joie de vivre à Oran en 1923, puis la tragédie de la seconde guerre mondiale et ses conséquences. Le lecteur découvre deux familles persécutées dans leurs pays respectifs et réunies par l’auteur dans ce roman, l’une juive d’Oran et l’autre noire américaine d’Ashville.

« Oran. Nous, nous y habitions, c’était notre ville, alors forcément, nous la trouvions belle, nous l’appelions le petit Paris ou bien la ville américaine ou encore la ville espagnole, car tant d’Espagnols s’y étaient installés depuis plusieurs siècles. C’était une ville de partage, d’accueil, de spectacles et l’hospitalité était sa qualité légendaire. »

– Michel Levi – Extrait de « La couleur des étoiles »

Je vous propose aussi du même auteur, son dernier livre Les ravissements de Juanita Guccione Hello éditions. Après plusieurs années de recherches, enquêtes entre l’Algérie et les Etats-Unis, Michel Lévi vient de terminer une biographie sur Juanita Guccione, une artiste américaine, tombée dans l’oubli, qui a vécu et peint en Algérie dans les années 30,

Pepita Dupont

La vérité sur Jacqueline et Pablo Picasso

Editions du Cherche-Midi

L’autrice, Pepita Dupont, journaliste à Paris Match, a rencontré la dernière épouse de Picasso, Jacqueline, après le décès de l’artiste. Dans ce livre, elle nous raconte ce premier rendez-vous suivi de nombreux autres, dans la maison atelier du couple, Notre-Dame de Vie à Mougins. Elle y décrit son émerveillement lorsqu’elle visite les lieux et cette amitié si forte qui se noue entre elle et Jacqueline, celle qui a tant oeuvré et fut si généreuse pour la création du musée Picasso à Paris et qui a dû affronter les affres de la succession. Pépita en écrivant ce livre nous révèle la vérité de cet amour, leur mariage dans le secret, puis les coulisses de l’après Picasso, une histoire qui se terminera tragiquement par le suicide de Jacqueline en 1986. Un livre qui se lit d’une traite comme un roman.

 » On ne fait pas d’ombre à un soleil « 

– Jacqueline Picasso

Thérésa Révay

Ce Parfum rouge

Editions Stock

Thérèsa Revay, écrit des romans dans lesquels des personnages imaginaires vivent dans la vraie histoire, l’auteur se plonge avec délice dans les archives, correspondance, journaux, tout ce qui peut l’aider à construire son récit. Le Parfum Rouge est l’histoire de Nine Dupré qui a fui la révolution russe avec sa mère et son frère. Leur père un grand parfumeur a disparu dans la tourmente bolchévique. Nine, employée chez Coty est brillante et n’a pas oublié les leçons de son père qui lui a appris à reconnaitre chaque fragrance et surtout lui a transmis cette passion familiale. Une rencontre décisive pour sa carrière va chambouler sa destinée et la faire revenir à Moscou. A travers l’histoire romancée de Nine, nous découvrons l’histoire de l’arrière grand-oncle de l’auteur, Léon Givaudan créateur de la célèbre Maison de Parfum du même nom mais aussi le « glamour » des années 30 décidé par Staline et son fidèle lieutenant la sublime Polina Molotov.

« En apprenant qu’elle aurait l’honneur de représenter la maison Coty au concours des jeunes parfumeurs de la Foire internationale de Lyon, elle avait été emplie de fierté. Un cadeau empoisonné, pense-t-elle à présent. »

-Theresa Révay, extrait de « Ce parfum rouge »

Anne Etorre,

photographies de Claire Curt

Olympe, une cuisinière libre

Hachette cuisine

Olympe Versini, sa vie est un roman, elle fut la plus jeune femme chef étoilée.

« Je suis née gourmande, me voila cuisinière. »

Olympe Versini

Nous sommes en 1973, Olympe et son mari achètent un salon de coiffure, ils en font un restaurant incontournable Le restaurant d’Olympe très bien situé à côté des théâtres de Montparnasse, après les spectacles, publics et comédiens se pressent pour gouter sa cuisine. Anne Etorre raconte l’histoire de cette autodidacte de la cuisine, si originale. Une lecture en trois temps, le récit de la vie d’une femme étonnante, des images d’archives et photographies récentes de Claire Curt et en prime les recettes et secrets de cuisine d’Olympe. Un livre de cuisine qui se lit comme un roman.

Trois livres

Suzanne Valadon

Niki de Saint Phalle

Frida Kahlo

Ce livre de Clément Dirié Valadon, éditions Les Pérégrines Icône, m’a été offert par l’artiste Agnès Thurnauer qui a peint un tableau intitulé Virginia Valadon, célébrant deux femmes, l’une peintre, l’autre écrivain Suzanne Valadon/ Virginia Woolf. Suzanne Valadon est une artiste autodidacte, figure incontournable du Montmartre artistique, mère de Maurice Utrillo. L’auteur rend hommage à cette femme artiste oubliée de l’histoire de l’art, que lui même ne connaissait pas et qui pourtant avait connu une grande célébrité de son vivant. Une exposition lui a été consacrée, il y a peu à Pompidou. (voir article précédent)

Deux autres livres sur des femmes artistes fascinantes, la biographie de Niki de Saint-Phalle, la révolte à l’oeuvre de Catherine Francblin, éditions Hazan et Frida Kahlo par Frida Kahlo – écrits 1922-1954, réunis par Raquel Tibol, éditions Christian Bourgois.

« Diego, mon bel enfant,

J’ai reçu ta lettre et je voulais t’écrire tout de suite après, j’avais tellement de choses à te raconter, mais j’ai piqué du nez en rentrant de Saint Angel, j’étais à bout de forces, alors j’ai préféré remettre au lendemain pour t’écrire plus calmement. Ta lettre m’a fait très plaisir car c’est la seule chose de bien qui me soit arrivée depuis des jours et des jours te lire. »

-Frida Kahlo, premières lignes de sa lettre du 11/6/1940 à Diego Rivera.

Georges Perec

Tentative d’épuisement d’un lieu parisien.

Christian Bourgois Editeur

Un tout petit livre pour terminer, mais si amusant et original. Sacrée idée que de s’installer trois jours, octobre 1974, Place Saint Sulpice et d’observer les passants, inconnus et connus, des noms qui ne me disent rien, celui de Paul Virilio, cela m’a donné envie d’en savoir plus, il suffisait de chercher sur France Culture un podcast passionnant sur le personnage « une critique de la tyrannie de la vitesse » , les bus, les vols de pigeons et sorties d’enterrement… Je note que Georges Perec remarque un homme qui pousse une poussette, mais pas de femme ! Il nous livre un inventaire inédit de cette place du 6e arrondissement parisien, à lire sans modération in situ bien-sûr !

« Il y a beaucoup de choses place Saint Sulpice, par exemple : une mairie, un hôtel des finances, un commissariat de police, trois cafés dont un fait tabac, un cinéma, une église… »

-Georges Perec, extrait

Un commentaire

Laisser un commentaire

En savoir plus sur THE GAZE OF A PARISIENNE

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture