Bruxelles, côté Art

ART BRUSSELS, 2022
ART BRUSSELS, 2022 © The Gaze of a Parisienne

Avril 2019, je revenais enthousiaste de mon séjour à Bruxelles à l’occasion de cet évènement d’art contemporain Art Brussels, il m’a fallu un peu de patience, trois ans, avant de découvrir il y a quelques jours cette nouvelle édition qui se déroulait à son habitude dans ces bâtiments Tour & Taxis à quelques enjambées du futur Kanal Pompidou, toujours en travaux de l’autre côté de la rive. J’ai pu visiter quelques expositions, le Hangar avec Isabelle Munoz et Jean-François Jaussaud, Rinus van de Velde à Bozar, Kiki Smith à la Fondation Thalie et découvrir un très beau château et son parc de sculptures à 30 minutes de Bruxelles…

Kanal Pompidou – Bruxelles

Art Brussels, 38e édition

Une foire très agréable à visiter, de l’espace, des allées très aérées, qui permettent de flâner devant les oeuvres.

NICOLÁS LAMAS
NICOLÁS LAMAS – Light of the past, 2020 Marble, paper, cardboard 222 x 31 x 23,5 cm – Galerie Meessen de Clerq – Au fond à gauche : CLAUDIO PARIGGIANI (détail de la bibliothèque)

La première galerie, où je m’arrête est belge, l’artiste Maarten Vanden Eynde utilise des composants d’ordinateurs qu’il présente comme des objets de curiosité, il réfléchit à l’impact de la technologie sur la nature. Dans cette même galerie se trouve la bibliothèque de Claudio Parmiggiani ou du moins ce qu’il en reste, ses fameuses Decolazione (déplacement), la trace du temps qu’il capture en faisant brûler des pneus dans une salle et en conservant la suie produite sur le meuble et les livres. Une fois retiré, c’est une sorte de fantôme de bibliothèque qui fait son apparition, sur ce même stand, on pouvait voir Benoit Maire et le Spectacle de la terre de Nicolas Lamas . Galerie Meessen de Clerq.

La céramique est en vogue, de nombreux artistes pratiquent cette discipline, Stéphanie Temma qui incruste dans ses pièces de la peinture Nino Mier Gallery, on retrouve les artistes Natsuko Uchino très impliquée par l’écologie, elle enseigne dans l’école d’art et de design TALM au Mans et Eric Croes chez Sory We’re Closed

STEPHANIE TEMMA HIER
Au centre : STEPHANIE TEMMA HIER, This wasn’t exactly what I had in mind, 2022 Oil on linen with glazed stoneware sculpture 55.9 x 50.8 x 66 cm – Au fond à droite (détail) JONATHAN WATERIDGE. Triptyque. Huile sur toile – Ninomier Gallery

Le solo show des peintures japonisantes de Trevor Shimizu est présenté à la la Maison de Rendez-vous , espace d’art partagé par trois galeries internationales LambdaLambdaLambda, Prishtina, MISAKO&ROSEN, Tokyo and Park View/Paul Soto, Los Angeles.

TREVOR SHIMIZU, Full and winter, 2021-2022 – Galerie La Maison de Rendez-Vous

Pas très loin se trouvent les dessins de Gabriela Albergaria, galerie Sapar Contemporary qui dessine la nature et les jardins, on la retrouve comme cette autre artiste Helena Almeida, Galeria Filomena Soares au CCCOD à Tours, dans le cadre de la saison France Portugal, dans cette exposition des 40 femmes artistes portugaises Tudo o que eu quero (cf article précédent)

GABRIELA ALBERGARIAS – Soloshow – Sapar Contemporary

Sonja Yacovleva dessine avec des ciseaux le papier des petites culottes mais aussi des scènes de contes de fée très stylisées galerie Robert Grunenberg

SONJA YAKOVLEVA – Robert Grunenberg Berlin

Revoir des des dessins de Paul Mc Carthy ou une sculpture de Daniel Buren ou encore les fleurs de Danh Vo titrées par Phung Vo, c’est possible grâce à la galerie Xavier Hufkens

Hector Zamora, lui, investit les espaces, à New York il a créé The roof garden sur le toit du Metropolitan Museum à New York. Hector Zamora était présent dans le cadre de l’exposition Sowers de la fondation Thalie, par une conversation sur sa performance collective Movimientos emisores de existencia (2019) (le piétiniment de pots d’argile brut par une dizaine de femmes, qui déconstruit l’image traditionnelle du labeur fémimin).

HECTOR ZAMORA – Galerie Albarrán Bourdais

Iván Argote su ce même stand de la galerie Albarrán Bourdais, nous raconte une histoire en images peintes sur ces petites plaques de ciment, l’épopée de la sculpture officielle et si emblématique de Christophe Colomb enlevée de son socle. Il s’agit en réalité d’une copie conforme en plâtre de la statue qui s’est promenée dans les rues de Madrid sous les regards éberlués ou scandalisés des passants. L’artiste s’approprie ainsi la polémique née sur les statues dans l’espace public, qui célèbre les figures historiques compromises par la traite négrière, l’esclavagisme ou le colonialisme. La performance, qui s’inscrit dans le récit d’un court métrage, fait directement référence au déboulonnage à Bristol de la statue d’Edward Colson, traînée dans les rues de Bristol et jetée dans les eaux du port par les manifestants. Le plus intéressant est le contexte de ce film, tourné à Madrid, et dans le regard des promeneurs.

Seyni Awa Camara crée, sans jamais quitter son pays, un nombre infini de terres cuites anthropomorphe, cette artiste sénégalaise a été récompensée par le Solo Prize HSCOX 2022. Galerie Baronian

Galerie Templon un solo show éblouissant d’Abdelkader Benchamma, immersif dans son univers fantastique marqué de phénomènes mystérieux. Un flux d’énergies déborde du cadre, inonde tout l’espace. Passionné par la neuroscience, il s’intéresse à la mémoire, l’engramme, la trace mémorielle enregistrée par le cerveau. Un solo show teinté de réalisme fantastique et la tradition ésotérique, qui s’inscrit dans la continuité de l’exposition à la Collection Lambert (Avignon), Rayon fossile. Abdelkadder Benchamma est, au sens premier, l’artiste visionnaire, celui qui rend visible l’invisible, ces flux d’énergie qui irriguent ses tableaux. Avec lui, le regardeur est plongé dans l’univers du Matin des Magiciens de Pauwels et Bergier, ou les romans métaphysiques de Balzac, Louis Lambert ou Séraphîta. Le Noir et blanc sont ses couleurs de prédilection, qui expriment le mieux sa virtuosité, avec un travail basé sur le dessin, mais qui se rapproche aussi de la gravure ou de la photographie en noir et blanc. Abdelkadder Benchamma s’affranchit des techniques et nous convie à une aventure mystérieuse.

ABDELKADER BENCHAMMA, solo show – Galerie Templon.

Kenny Dunkan, que je retrouve depuis le salon de Monrouge (2015 – cf. article), est toujours captivé par ces petites Tour Eiffel vendues aux touristes aux abords du monument, il les assemble et élabore des sculptures étranges. Un solo show galerie des Filles du Calvaire avec ces tableaux construits à partir de superpositions de photographies agrandies d’un détail, donnant cet effet de matière minérale, étrange. Il s’agit d’un spectacle total, immersif, où j’ai plaisir à retrouver le vocabulaire artistique de Kenny Dunkan qui m’a tant séduite, les références à la mode, au design, au mobilier contemporain des années 70, d’où ces agrandissements de pierres dures décoratives en vogue à cette époque, et l’usage de techniques si variées, la photographie, la sculpture, la vidéo, avec un discours ironique sur le regard occidental et l’identité (les porte-clés de tour Eiffel métalliques, proposés aux touristes par les vendeurs à la sauvette et transformés en sculpture). L’artiste déploie sa vision et son imaginaire avec talent, esthétique et ironie.

KENNY DUNKAN – Solo show – Galerie Les Filles du Calvaire

Galerie Papillon, ce sont des prélèvements de fines lamelles de bitume qui inspirent l’artiste Linda Sanchez et deviennent des sculptures fragiles section de route

Tim van Laere Gallery, je découvre l’artiste Rinus van de Velde, une révélation, je file voir son exposition à Bozar (voir plus loin). Un artiste belge (né à Louvain en 1983), que je ne connaissais pas, et qui fait dans The Gaze of a Parisienne une entrée fracassante. L’exposition de Bozar pourrait s’intituler en sous-titre « Comment j’ai fait le tour du monde, artistique et géographique, à l’intérieur de mon atelier. »

Cette manifestation est déjà terminée, mais toujours possible de retrouver ces artistes dans des expositions dans les musées, fondations, centres d’art, galeries, Bruxelles regorge de propositions passionnantes.

https://www.artbrussels.com/en/

Form I Bois au Château de Seneffe

Prendre le vert à quelques kilomètres de Bruxelles dans le parc du sublime château de Seneffe pour découvrir les installations de six artistes, un dialogue établi entre elles et la nature. Des artistes très investis dans la transition écologique.

EMMANUELLE BRIAT, Les dialogues, 2022 – Château de Seneffe

Marco DESSARDO, « Fuga 2» 2022 et l’artiste invité : Philippe Gardien « les aventures de Fuga 2 » par
BDmuette ; Catherine BAAS, « Nisos » 2022 ; Monsieur PLANT, « Tree Hug » 2022 ; Élodie BOUTRY, « Pièces montées », 2022 ; Clarisse GRIFFON du BELLAY, « Qui-vive » 2016 et Emmanuelle BRIAT « Les dialogues », 2022.

Emmanuelle Briat, land artiste, connue pour ses scénographies naturelles (cf article précédent) participe à cette exposition.

« J’ai conçu cette installation végétale Les Dialogues comme une mise en scène de dix sculptures en bois. Neuf seront placées dans le « Jardin des trois terrasses » et la dixième au « Carrefour de l’étoile ».avec des variantes implantées sur différents lieux. J’ai tout de suite eu envie de souligner les perspectives et de travailler avec des formes géométriques qui répondraient aux dessins paysagés de manière subtile. Ensuite une sélection a été réalisée. Je travaille essentiellement avec des matériaux naturels. Ils sont la plupart du temps collectés in situ.

Je travaille dans le paysage et pour le paysage, en collaboration avec lui. Ma démarche se définit par une mise en relation de l’art et de l’environnement et de l’homme et la nature.

Je cherche à surprendre les personnes à les sensibiliser à l’environnement en leur offrant un point de vue différent sur le paysage. Une poésie du regard… Je désire qu’ils s’approprient mes installations, qu’ils les vivent. L’objectif est de jouer avec la légèreté, la transparence. Inscrire mes actions dans le respect de l’environnent et du dessin paysagé. »

Emmanuelle Briat

Château de Seneffe, jusqu’au 15 novembre 2022

Kiki Smith, Fondation Thalie

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KIKI SMITH – (détail) The Garden, 2009. Encre, paillettes et feuille de palladium sur papier népalais. 234 X 296 cm. Courtesy de l’artiste et Galerie Lelong & Co. Fondation Thalie

Je file ensuite à la Fondation Thalie, un rendez-vous devenu une habitude à chaque fois que je passe à Bruxelles, cette fois-ci c’est pour découvrir cette exposition Inner Bodies de l’artiste que j’adore Kiki Smith (cf article précédent), par chance la date de fermeture est prolongée jusqu’au 18 juin 2022. L’artiste dessine, sculpte, tisse et s’autorise toutes sortes de supports, papier, céramiques, bronze, tissu… créant une oeuvre onirique, organique et vivante, où elle se souvient des contes de son enfance qui continuent de l’inspirer. Son oeuvre est très féministe où le rôle social de la femme est très important. C’est aussi une ode à la femme nature qui vivrait dans un monde semi aquatique / cosmogonique, des plantes stylisées. Le corps est disséqué par l’artiste fascinée par chaque partie de l’anatomie.

Fondation Thalie, jusqu’au 18 juin

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Kiki Smith

Germaine Richier, galerie de la Béraudière

Vu également l’exposition d’une artiste sculptrice exceptionnelle, Germaine Richier (1902-1959), dans une scénographie magnifique, un échafaudage recouvert de plâtre blanc, devenant présentoir de toutes ces sculptures. La chauve-souris domine cette installation. A côté de la cheminée se trouve l’échiquier que l’on peut voir aussi dans ce parc de sculptures dans le jardin des Tuileries. L’artiste captivée par le corps imagine des créatures hybrides, disparue trop jeune, elle avait suivi une formation dans l’atelier de Bourdelle.

Galerie de la Béraudière

Rinus Van de Velde – BOZAR Bruxelles

Un drôle de voyage ! Dans la première salle de Bozar, se trouve un wagon qui nous emmène direct vers le monde imaginaire de Rinus van de Velde.

Dans son atelier, l’artiste imagine un univers fictif , des voyages, des promenades, il s’entoure de personnages, qu’il choisit parmi les peintres, Claude Monet, Joan Mitchell. 

RINUS VAN DE VELDE – Vue de l’exposition. A gauche : RINUS VAN DE VELDE, I am the armchair voyager, 2020. Fusain sur toile, cadre de l’artiste. Coll. Privée, Allemagne. Courtesy König Galerie, Berlin.

Avec eux il parcourt des jardins, des paysages qui ont tellement inspiré tous ces impressionnistes et postimpressionnistes américains. L’intérieur clos de l’atelier est confronté à l’extérieur. Une relation très intime s’établit avec ses nouveaux amis  dont il a dévoré les bios. 

Sur l’Yerres il se promène en barque avec Caillebotte Périssoires sur l’Yerres, je me souviens de cette lettre de Caillebotte écrivant à Monet

« Mon cher ami, je fais un stanopea aurea qui est en fleurs depuis ce matin et comme la fleur ne dure que trois ou quatre jours et ne revient que dans un an je ne peux la quitter. Excusez-moi donc auprès de Mirbeau… »

Lettre de Gustave Caillebotte à Claude Monet

Mais, plus que les périssoires, la grande composition au fusain, un dessin figuratif en grand format, avec un texte manuscrit en anglais sur le bord inférieur de l’encadrement, fait penser à ces explorateurs à la découverte des dernières contrées inviolées de Papouasie occidentale. Le spectateur pense au destin funeste de l’héritier Rockefeller, disparu mystérieusement en 1961 dans cette contrée, et dont les objets d’art asmat sont exposés dans une aile du Metropolitan Museum qui porte son nom.

Chaque dessin est commenté par l’artiste avec souvent beaucoup d’humour très second degré.  Comme souvent les artistes voyagent, partent à la découverte des contrées , lui il reste cloîtré dans ses murs et refuse toutes expéditions et se construit des décors  artificiels et inutiles en carton. Il est devenu le démiurge de son univers.

RINUS VAN DE VELDE
RINUS VAN DE VELDE, Dear, I believe after travelling around for all this time I finally found an area…, 2017. Fusain sur toile, cadre de l’artiste. Tim Van Laere Collection, Antwerp. Courtesy Tim Van Laere Gallery, Antwerp

Plus loin, il se représente en habit de cosmonaute, comme si il voulait se protéger de toute attaque extérieure  Son oeuvre est une interrogation de l’artiste dans le monde , son rôle , son utilité.  Dans une autre salle les maquettes des autres artistes sont présentées, eux aussi créent des espaces de vie irréels comme celui de l’artiste des magiciens de la terre Bodys Isek Kingelez ou aussi Thomas Schutte 

Un artiste déroutant à suivre et à découvrir si ce n’est déjà fait, un film vers la fin de l’exposition met en scène toutes ses inventions dans ce monde en carton pâte imaginaire.

Rinus van de Velde, Inner Travels Bozar

Jean-François Jaussaud au Hangar

Au Hangar, centre d’art dédié à la photo, deux expositions, celle d’Isabelle Muñoz et celle de Jean-François Jaussaud (cf article précédent). Ce dernier que j’avais rencontré à Paris, il y a quelque temps avait eu la chance de croiser, lors d’un reportage à New-York, Louise Bourgeois de qui il avait obtenu sa confiance et pu la photographier dans son atelier, chez elle à sa guise, l’artiste se prêtant volontiers au jeu de la pose.

Le Hangar

Sur la Grand Place avec Suzanne Tarasieve et Guillaume Piens (directeur Art Paris)

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