The Gaze, sélection Art Paris 2024,

Très belle édition Art Paris, la 26e et dernière au Grand Palais éphémère qui s’est terminée dimanche soir, avant de retrouver le Grand Palais au printemps 2025. Un succès et une marque de fabrique qui ne cesse de se confirmer au fil des ans. Pilotée par son commissaire général Guillaume Piens, une foire d’art contemporain qui montre en grande partie la scène artistique française avec cependant 40 pour cent de galeries internationales au total, 136 galeries venues de 25 pays. La première foire écologique, depuis 2022, elle est engagée dans une démarche d’écoconception qui s’appuie sur l’analyse de cycle de vie (ACV).

A l’occasion de cette édition, deux commissaires ont été invités, tous les deux ont créé chacun leur parcours à travers la foire.
Celui d‘Eric de Chassey, directeur général de l’Institut national d’histoire de l’art, Fragiles Utopies, un regard sur la scène française avec une vingtaine d’artistes dont Maria Helena Vieira da Silva (1908-1992), Jean-Michel Alberola (né en 1953), Vera Molnár (1924-2023),l’artiste hongroise qui vivait à Paris est exposée à Pompidou jusqu’au 26 août 2024 « Vera Molnár – Parler à l’oeil »; Nathalie Du Pasquier (née en 1957), lauréate du prix BNP Paribas Banque Privée 2024, délivré à Art Paris.
Et celui de Nicolas Trembley, critique d’art et commissaire d’expositions indépendant, sur le thème Art & Craft, il a sélectionné également une vingtaine d’artistes dont Joël Andrianomearisoa (né en 1977), Elizabeth Garouste (née en 1946), Jeanne Vicerial (née en 1991) …

Galerie Jeanne Bucher Jaeger, se trouve cette sublime tête d’Océanie de la première moitié du XXe siècle, elle fait partie du parcours Art & Craft, exposée une première fois en 1961 par Jean-François Jaeger, elle est placée sur le stand à côté des oeuvres d’Antonella Zazzera, l’artiste s’intéresse aux graffitis, aux signes, s’inspire des artistes Dubuffet et Brassaï et pratique cette technique du clair-obscur qu’elle retranscrit dans ce tissage de fils de cuivre.

L’Iran est représenté également par la galerie Etemad, basée à Téhéran avec cette artiste Mojé Assefjah, ses toiles peintes à la tempera, ses grands coups de pinceaux, les bleus sublimés , ni figurative, ni abstraite, ses peintures se rapprochent de ce mouvement de la « non figuration ». Galerie Etemad.

Louis-Cyprien Rials, jette son dévolu, là où on ne s’attend pas, ce sont les icônes oubliées retrouvées dans les maisons des chrétiens qui ont fui qu’il retourne, c’est un paysage qu’il découvre en photographiant et agrandissant un détail d’une pierre dure aux Offices à Florence. Suite à un de ses voyages, en zone de conflit du côté de l’Irak et de l’Afghanistan, il a détouré ces tapis souvenirs fabriqués pour les soldats américains, russes ou français su place . Galerie Eric Mouchet.

Galerie Les Filles du Calvaires, je remarque un très beau portrait au fusain de Thomas Levy-Lasne, ancien pensionnaire de la Villa Médicis 2018-2019. je retrouve aussi les artistes Clara Rivault qui travaille le verre , la porcelaine… et Karine Rougier qui avait reçu le prix Drawing Now.
Galerie Clémentine de La Férronnière, sont exposées les nuits étoilées de sa série sur Taharqa de la photographe Juliette Agnel (cf article précédent), je découvre également le travail de Jesse Willems qui réalise à partir de photographies et de papiers récupérés des collages complexes.

Alice Guittard, réussit des prouesses en créant des tableaux avec ses marqueteries de marbre qui représentent chacun des instants de sa vie, galerie Double V. Elle est présente dans la collection de la Fondation Thalie.
Art & craft encore avec le solo show de Pauline Rose Dumas (cf article précédent) Galerie Anne-Laure Buffard.
Galerie Suzanne Tarasieve, impossible de ne pas voir les deux bustes en céramique de Colbert et de Léopold de Belgique, de sa série House of Fools histoire et décadence, majesté et ruine s’entremêlent dans l’oeuvre d’Anne Wenzel. Dernier jour de la foire, une grande toile d’Alin Bozbiciu terminée in-extremis est accrochée aux cimaises, elle représente une scène de Bacchanales. Sur ce même stand, sont exposées deux belles forêts en carton sculpté d’Eva Jospin (cf article précédent), l’antiquité revue par Recycle Group dans un bas-relief grillagé. J’aime particulièrement tous ces artistes, soutenus par la très regrettée Suzanne Tarasiève, je viens de lire dans le journal des Arts qu’elle faisait partie des 30 personnalités qui ont marqué la scène française, son équipe a qui elle a légué la galerie poursuit son oeuvre.

Nous retrouvons les artistes du Prix Balzac pour la création contemporaine 2023, galerie La Forest Divonne, Valérie Delarue pour ses sculptures en céramiques et galerie Ketabi Bourdet, Ines Longevial, (cf article précédent) ses portraits sont présentés avec ce superbe mobilier d’Elizabeth Garouste en fer forgé doré sculpté ainsi que cette chaise iconique des années 80 issue de ce duo qu’elle formait avec Mattia Bonetti.
Je courre , direction F1, stand de la jeune galerie Clavé Fine Art, située dans le 14e arrondissement pour découvrir un artiste japonais, Jacob Hashimoto vivant aux Etats-Unis, qui réalise un travail obsessionnel immersif de collage, peinture sur des cercles de papier également composés de bambous. Le tout est assemblé en suspension grâce à des fils de nylon. La galerie représente aussi Sacha Floch Poliakoff, l’artiste retranscrit toute son histoire familiale, ses objets qui l’entourent dans ces dessins, peintures et découpages.

L’envers d’un décor disparu, de Raphaël Denis, une réflexion sur les tableaux spoliés de la 2e guerre mondiale et répertoriés sur le fichier de Rose Valland, conservatrice héroïque du Musée du Jeu de Paume. (cf article précédent). L’artiste chine des cadres aux mesures des tableaux perdus et à la place de la peinture, place une fiche descriptive de l’oeuvre. Parfois, cela peut arriver, grâce à ses recherches une oeuvre retrouve son propriétaire. Galerie Bacqueville.
Galerie Mitterrand, j’aperçois un herbier historique de 1975 Le jardin noir Domus Aurea d’Anne et Patrick Poirier (cf article précédent). Dans cette même galerie, une tapisserie de Marc Johnson, Return, me rappelle étrangement le sujet d’une tapisserie vue au château de Rambouillet.

Je suis sous le charme de la peinture de François Boisrond, galerie Maïa Muller, le cinéma est très présent dans son oeuvre ainsi que les sujets d’histoire de l’art. A voir en ce moment dans la galerie, l’exposition Jean-Michel Alberola -François Boisrond, Film jusqu’au 27 avril.

Je quitte le Grand Palais en jetant un dernier coup d’oeil sur cette merveilleuse oeuvre sur feuille d’or blanc de Kiki Smith, galerie Lelong.


A l’année prochaine au Grand Palais.



